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 What if there were several perfect matches?

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Laurens Hartmann

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Date d'inscription : 22/06/2012

MessageSujet: What if there were several perfect matches?   Dim 2 Déc - 15:41





Il arrivait parfois à Laurens de repenser à la nuit qui l’avait révélé à lui-même. Ces élans nostalgiques arrivaient souvent quand son regard faisait l’erreur de croiser la lune. C’était étrange mais l’astre nocturne, ce foutu miroir à la con, lui donnait toujours l’impression d’être un petit garçon pris en faute. Au début, il avait essayé d’employer l’ironie pour se détacher de ce jugement muet. Massacrer un être choisi au hasard, ce n’est pas si monstrueux, avait-il dit, le menton fièrement levé vers la lune. Mais elle n’avait pas bougé et il s’était senti si stupide qu’il avait du tuer une seconde personne pour pouvoir faire semblant d’oublier.

Arcadius ne l’avait pas prévenu de cet effet indésirable, de ce pouvoir lunaire, mais Laurens avait rapidement compris que cette absence d’avertissement venait simplement du fait qu’il était le seul à réagir à la lune. Même en étant devenu une créature inhumaine surpuissante, il arrivait à être suffisamment poissard pour avoir un défaut de fabrication. Du point de vue d’Arcadius, pourtant, il ne s’agissait pas réellement d’un problème de ce genre. Pour son Ayah, l’erreur résidait dans son comportement : comme il le lui avait précédemment expliqué, son total manque de contrôle sanguinaire obligeait ses deux natures à s’affronter et cette sensibilité à la lune venait du Démistophélès qui gagnait de plus en plus de terrain avec sa bestialité toute primaire. Ne te fais pas d’illusion, Laurens, les Démistophélès ne sont des créatures plus évoluées que lorsqu’elles ont la raison humaine pour les diriger. Cette phrase avait mis une énième fois Laurens en rogne et il avait jeté son téléphone au sol en bénissant la distance qui le séparait de son créateur. Vieux con, vieux con, avait-il grogné entre ses dents tandis que ses jambes faisaient les cent pas.

Il existait pourtant un point positif à cette excentricité de mauvais goût : il avait le plaisir de revivre encore et encore son premier meurtre. La possibilité de déguster la première fois où sa langue avait appris le délicieux parfum du sang humain lui était offerte dès que la lune croisait son regard. Après, il y avait toujours ce surprenant élan de culpabilité qui finissait par l’étreindre et l’engageait à s’éloigner le plus rapidement du centre, dans un endroit à couvert où la lune ne le trouverait pas, mais Laurens s’efforçait de positiver. Et étant donné la situation, ce n’était pas mince affaire ; surtout qu’il devait tout faire pour cacher cet état de fait à ses compagnons berlinois. Devenir une victime à cause de ça ne lui disait trop rien. Heureusement, il lui suffisait de ne pas regarder de face la source de ses inquiétudes et cela se révélait de plus en plus facile puisque, désormais, les seules fois où il se faisait piéger, c’était à cause de reflet ou simplement parce qu’il se trouvait pris dans le feu de l’action.


Ce soir-là, ce premier soir de décembre, les nuages voilaient le ciel berlinois, offrant aux habitants l’espoir que le lendemain serait plus chaud que la veille et à Laurens celui de pouvoir chasser en paix. Chaudement emmitouflé dans une élégante veste de motard, des gants assortis lui étreignant les mains, il se baladait en ville avec la tranquille attente d’un prédateur. Ses yeux verts dansaient d’une silhouette à une autre afin de trouver celle qui le sustenterait en premier. Il se sentait d’humeur sélective, ne voulait pas faire confiance uniquement à la bête qu’il cachait dans ses entrailles. Il désirait une victime qui lui plairait vraiment. Il avait soif d’un cœur qui aurait pu tomber pour lui.

Hélas, nulle silhouette ne correspondait longtemps à ce qu’il cherchait. Les jolies filles, ces proies délectables entre toutes, se cachaient du froid et de la mort. Il les imaginait tranquillement étendues sur leurs sofas, profitant d’un feu de cheminée et de la compagnie qui leur seyait. Un petit-ami, des copines, un animal stupide… Mais pas seules. Les jolies filles avaient besoin de quelqu’un pour les admirer et les rassurer quant à ce qu’elles valaient. Laurens les méprisait pour cela mais elles n’étaient pas seul objet de son mépris aussi ne voulait-ce pas dire grand-chose.

Un petit peu renfrogné par l’échec de son tour, il obliqua dans la première ruelle sombre qu’il trouva, aspirant à échapper aux éclats trop crus des lampadaires qui lui apparaissaient comme insupportables. Unter den Linden était une avenue charmante mais Laurens lui préférait largement ses axes détournés que personne n’empruntait : comment oser alors même que cette si belle avenue était si proche ? Comme ça, se répondait Laurens à chaque fois.

Déambulant dans le faux labyrinthe de petites rues, il se détendit petit à petit en songeant à la médiocrité de ceux qui l’entouraient. Il était tellement drôle de se dire qu’il pouvait les tuer et interrompre leur misérable existence à tout moment sans même qu’il n’ait le temps de réagir. Il avait le pouvoir ultime sur eux. La possibilité de détruire leur existence lui était accessible. Et c’était si délicieux que ça en devenait enivrant. Laurens le savait, même s’il disait à Arcadius qu’il se contrôlait. Quand il mangeait le cœur de quelqu’un, il ne pensait plus. Il ne faisait que réagir à des stimuli internes et externes.

Ses pieds le ramenèrent vers Unter den Linden sans qu’il ne s’en rende compte. Il était bercé par ses pensées, sa puissance. Par ce qu’il était.

Ce furent les lampadaires qui le firent redescendre sur terre. Puis vint la silhouette, cette délicieuse silhouette, élancée même sous les couches qui la protégeaient. En la voyant, Laurens eut le sentiment qu’il avait trouvé ce qu’il cherchait depuis le début de la soirée. Une femme qui aurait pu l’aimer venait de se montrer.

Sans attendre un instant, il lui emboita le pas. Son cœur donnait l’impression de bouillonner et il devait régulièrement appuyer sur son épaule gauche pour éviter la transformation spontanée. Devenir un grand vilain monstre en pleine rue était étrangement à éviter. C’était l’un des seuls cas qui permettaient aux autres de le tuer. La jeune femme marchait d’un pas décidé et Laurens se demanda où elle pouvait aller. Ils s’approchèrent d’un grand magasin, déjà richement décoré pour les fêtes, et le jeune homme hésita à continuer sa chasse à l’intérieur. Il avait énormément de mal avec les parfums capiteux qui caractérisaient généralement ce genre d’endroits. Par chance, comme il était à la bordure d’une transformation, son odorat était amenuisé et il s’en rendit compte avec satisfaction une fois les portes passées.

L’inconnue continuait à cheminer, imperturbable, ses hanches roulant sous son manteau avec une efficacité redoutable. Un sourire en coin posé sur ses lèvres, Laurens songea qu’il pourrait être amusant de l’inviter à dîner avant de la tuer. Elle pourrait refuser, évidemment, mais finirait indubitablement par être mangée.

Elle obliqua vers les grands escaliers de marbre qui menait aux étages supérieurs et il lui emboîta le pas, veillant à ne pas renverser les personnes qui descendaient. Le temps paraissait s’élargir à chaque marche qu’il montait. Il savait que c’était du au flottement qu’il avait à chaque fois que la chasse se précisait. L’adrénaline se déferlait dans ses veines et lui rendait tout ce qui l’entourait bien plus précis que ce que c’était en réalité. Un sac le cogna involontairement dans le dos et il se retourna mécaniquement pour voir ce qui se passait. Cet instant de négligence faillit l’envoyer au sol mais c’était sans compter le réflexe qu’il eut de se raccrocher à la première chose à sa portée. Comme il le vit en regardant de nouveau devant lui, il s’agissait d’une jeune femme.

Aussi brune que sa proie était blonde, elle avait une gravité sur son visage qui la rendait bien plus intéressante et Laurens oublia bien vite celle pour qui il était entré ici.

▬ Merci, dit-il spontanément tout en se remettant convenablement sur pieds, je peux vous inviter à dîner ?

Le temps s’était de nouveau ralenti et l’assurance qui brillait dans son regard trouvait écho dans celui de la jeune femme. Même si, chez elle, il semblait que la confiance vienne de quelque chose de radicalement différent. Loin de se laisser démonter, il rhabilla ses lèvres d’un sourire mais celui-ci, cette fois, était d’une naïveté indécente.

▬ Ou simplement prendre un café… continua-t-il un court instant après avoir parlé. Sans vous, j’aurais été humilié.

Il n’était pas sûr qu’elle prendrait mais il l’espérait. Elle avait quelque chose de différent qui lui donnait envie de l’ouvrir de haut en bas et de fouiller ses organes pour comprendre ce qu’elle cachait. L’anomalie qui la rendait si instinctivement intéressante. Il voulait planter ses crocs démoniaques dans sa nuque et avoir accès à son cervelet pour rendre sa fuite impossible. Parce que, de façon surprenante, il lui semblait qu'elle pourrait le semer.


Dernière édition par Laurens Hartmann le Ven 17 Mai - 16:39, édité 2 fois
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Rune Draconis

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MessageSujet: Re: What if there were several perfect matches?   Dim 2 Déc - 17:27

Les mains immobiles, levées au niveau de sa poitrine, Rune ne parvenait pas à se remettre de ce qui s'était passé. Alors qu'elle était venue pacifiquement faire quelques achats, une femme humaine d'environ cinquante ans - un âge respectable, pensait-elle au début - lui avait arraché une boîte de vulgaires aliments exotiques des mains en prétextant que c'était la dernière et qu'elle en avait besoin, avant de partir à toutes pompes. La jeune elfe était restée interloquée, les doigts serrés sur le vide qui séparait à présent ses paumes. Comment l'être humain pouvait-il en arriver à ce stade ? Mais peut-être faut-il revenir sur le contexte de cette attaque subite.

Tout avait commencé en fin d'après-midi, lorsque Rune s'était résolue à aller faire des courses un peu spéciales, puisque ses régulières l'épicerie du coin n'allaient pas lui fournir des provisions acceptables en matière de gastronomie. Elle avait donc pris sur elle, et s'était décidée à aller fréquenter un des grands magasins dont elle a horreur, étant donné qu'ils regroupent la plupart du temps une foule de personnes désagréables et pressées. Elle s'était ainsi retrouvée mêlée à la populace, et avait malheureusement choisi un très mauvais créneau pour ce genre de sortie. Elle se le répétait en boucle en marchant entre les étals, affichant un air maussade. Au moins, avec cette mauvaise expérience, elle était certaine de ne pas refaire la même erreur une deuxième fois. C'est donc dans ces conditions qu'au rayon des épices, elle se retrouva agressée par cette vulgaire ménagère, et qu'elle fut ridiculisée devant tous les autres péquenauds des proches environs.

Serrant les poings en se retenant de les utiliser pour massacrer tout le monde, Rune ramassa son panier en se retenant de donner un coup de pied dedans, et changea de rayon en se retenant de jeter son contenu sur tous ceux qui la regardaient avec un sourire niais plaqué sur le visage. Les mâchoires serrées, elle essayait de recouvrer son calme, pestant contre la maudite race de ces abrutis d'humains dans ses pensées. Elle se dépêcha de réunir les quelques produits qui lui manquaient, et marcha vers les caisses. Là encore, une foule de pécores était massée en plusieurs files, et elle prit place dans l'une d'elles, se sentant d'humeur à couper des têtes. Après une attente qui lui semblait interminable, elle passa enfin en caisse, et put bientôt s'éloigner de ce capharnaüm en descendant à l'étage inférieur.

Rune inspira profondément, appréciant l'atmosphère un peu plus fraîche de l'étage. Il lui tardait de s'extirper de cette cage de fous, et de retrouver son livre de mythologie. Elle brûlait d'envie d'en apprendre plus sur ces nouvelles créatures, et l'ouvrage lui fournissait une quantité d'informations incroyables sur le sujet. En passant devant un stand de vêtements de haute marque, elle reconnut la ménagère préhistorique qui lui avait arraché la boîte des mains, et elle s'arrêta. Voyant l'autre se démener pour obtenir l'acquisition d'un pull de toute évidence trop petit pour elle, la jeune elfe eut envie de lui lancer une boîte de conserve en pleine tête. Mais elle préféra se contenir, et reprit son chemin, son sac pesant sur son épaule. Quel enfer que ces galeries...

Enfin, elle distingua la sortie. Il était temps... Mais un obstacle de taille se dévoilait à ses pieds, sous la forme d'un escalier de marbre envahi de gens grouillants et gesticulant dans le but de monter ou de descendre. Les humains n'avaient décidément aucun sens de l'ordre... Elle s'engagea à son tour sur la volée de marches, et tâcha de progresser rapidement en faisant le moins de blessés possible. Ce ne fut pas chose aisée, personne ne faisait attention et tout le monde se bousculait. Une jeune femme blonde la heurta à l'épaule, et malgré le désir de Rune de se retourner pour lui arracher sa crinière de bimbo, elle fut incapable de bouger, puisque quelqu'un venait de s'accrocher à elle. Elle tourna le regard vers l'avant, et ses yeux rencontrèrent ceux d'un inconnu qui, à en croire sa main cramponnée au bras de la jeune fille, venait d'éviter une sacrée dégringolade dans les escaliers.

Merci, déclara-t-il en se redressant immédiatement, je peux vous inviter à dîner ?

La jeune elfe écarquilla légèrement les yeux face à cette demande déconcertante, tandis que son vis-à-vis se gratifiait d'un sourire innocent. Elle avait bien du mal à le croire sérieux.

Ou simplement prendre un café… poursuivit-il. Sans vous, j’aurais été humilié.

Pourtant si, apparemment il était sérieux. Décidément, aujourd'hui, personne ne ferait de cadeau à la jeune fille. Quoi que l'inconnu soit quand même bel homme, elle n'avait pas vraiment envie de poursuivre une sortie, et désirait plus que tout rentrer chez elle. Le motif de l'honneur aurait pu être recevable dans d'autres conditions, mais à présent, Rune sentait que la patience lui manquait pour traiter le sujet de manière pacifique. Elle commençait à être irritée du bruit qui les entourait, et des situations abracadabrantesques qui lui tombaient dessus depuis son arrivée chez les humains. Toisant l'inconnu d'un air relativement froid, elle esquissa une brève moitié de sourire avant de répliquer.

▬ Je suis flattée de votre demande. Néanmoins, je ne suis pas vraiment d'humeur à communiquer ce soir, et la seule chose qui me fasse envie dans l'instant c'est mon appartement vide de toute cette agitation.

Remontant son sac de courses pesant, elle détourna un instant le regard du visage du jeune homme avant de reposer ses yeux dessus. Elle affichait un air las, mais aussi agacé. Qu'il oppose une quelconque résistance, elle n'en avait que faire. Il y avait d'autres sauveuses potentielles de soirée dans cette fichue baraque, elle n'était pas intéressée. Se rappelant que ses paroles pouvaient parfois avoir un effet sur autrui, elle ajouta :

▬ Je vous souhaite quand même une bonne soirée, dans la mesure du possible avec toute cette populace... !

Elle retint les mots « ... d'humains miteux », puisqu'elle serait passée pour une dérangée, ce qui était peut-être déjà le cas. Le trop plein d'agitation et de bruit commençait à lui monter à la tête, aussi, estimant que la conversation était terminée, elle se fraya un passage pour descendre le reste des marches, et suivit le flot pour bientôt se retrouver dehors, dans la fraîcheur de l'avenue. Alors que les gens se dispersaient à droite et à gauche, elle avança à l'écart, à pas lents, pour souffler et retrouver la paix intérieurement. Vraiment, plus jamais elle n'irait s'enfermer dans cette coquille de magasin avec autant de monde. Cette expérience rendait les êtres humains méprisables à ses yeux, même si elle essayait de se convaincre que tous n'étaient pas aussi infects que cette grosse femme stupide, et cette fichue blonde prétentieuse. Alors qu'elle reprenait son pas rapide pour rentrer rapidement, emmitouflée dans son manteau, elle perçut des bruits de pas qui se rapprochaient dans son dos...

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Laurens Hartmann

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MessageSujet: Re: What if there were several perfect matches?   Lun 3 Déc - 15:42

La crainte imprécise de Laurens prit forme avant même que la jeune femme ne lui réponde. Son regard parlait pour sa bouche. Froid, hautain. Inaccessible. Laurens se sentait jaugé par lui et sentit l'agacement naître dans ses entrailles en même temps que son Démistophélès menaçait d'échapper à son contrôle. Un demi-sourire glacial échoua sur les lèvres de la jeune femme et elle lui répondit avec une distance royale que Laurens peina à ignorer :

▬ Je suis flattée de votre demande. Néanmoins, je ne suis pas vraiment d'humeur à communiquer ce soir, et la seule chose qui me fasse envie dans l'instant c'est mon appartement vide de toute cette agitation.

Elle réajusta les courses qu'elle portait, sitôt sa réponse donnée et le jeune homme ressentit l'envie brûlante de les lui arracher pour lui faire payer le ton avec lequel elle s'adressait à lui. Il ne supportait pas que l'on remette en cause ses décisions qui, pour lui, avaient valeur d'Evangile. Par chance, il lui avait été laissée la possibilité de se reprendre quand la brune avait remonté son sac et à l'expression irritée qu'elle lui opposait, il n'offrit nulle réaction. Juste le même air faussement innocent qu'il avait choisi d'arborer quand il l'avait, plus ou moins volontairement, abordée. En dépit de ce qu'elle semblait penser, ce n'était pas elle qui dictait les règles du jeu.

▬ Je vous souhaite quand même une bonne soirée, dit-elle un instant plus tard pour définitivement prendre congé de lui, dans la mesure du possible avec toute cette populace... ! ajouta-t-elle en donnant l'air de ne pas finir sa phrase, ce qui déplut d'autant plus à Laurens.

Elle semblait avoir une haute estime d'elle-même, or, il était évident qu'elle ne pouvait pas lui être supérieure. Pas à lui.

Figé sur les marches, son expression naïve s'effaçant progressivement d'elle-même, il l'observa s'éloigner avec une agilité qui captiva son regard par sa différence. Il avait connu des femmes, des jolies, des gracieuses, des danseuses, des comme lui... Aucune n'avait cette assurance distinguée, ni cette gracieuse souplesse dans sa tenue. Toutes exhalaient quelque chose qui se trouvait, au final, être unique : la domination. Cette fille... C'était différent, ce qu'elle laissait paraître. C'était moins abîmé, moins noirci. Sans une seconde d'hésitation, Laurens lui emboîta le pas, sitôt eut-elle descendue la dernière marche des escaliers encombrés.

Il ne faisait plus du tout attention à ce qui l'entourait. Son regard était rivé à la jeune femme et le vert de ses prunelles s'égaraient parfois vers un gris anthracite qui laissaient présager la bestialité à laquelle la soirée allait fatalement arriver. Sa main droite était posée sur son épaule gauche et n'en bougerait pas tant qu'il ne se trouverait pas un peu à l'écart avec son futur dîner. Il était certain que s'approprier son coeur pour le dévorer serait la meilleure chose qu'il lui serait arrivé depuis longtemps.

Un souffle de vent glacé se faufila jusqu'à lui tandis qu'il repassait les portes séparant intérieur et extérieur et il haussa machinalement les épaules pour le chasser, son cou décrivant une courbe à l'opposée de la direction dans laquelle la brune s'en était allée. Pestant un instant contre ses réflexes primaires décuplés par la proximité du Démistophélès, il fut soulagé de constater qu'elle ne s'était pas évaporée dans la célèbre avenue mais s'était simplement mise à l'écart de la foule pour se retrouver avec elle-même. Au moins son désir d'être seule n'était pas inventé, songea Laurens en s'appuyant à une façade tout près pour attendre son départ. Il ne remarqua pas la buée que son haleine formait dès qu'elle rencontrait l'air froid de l'atmosphère, pas plus qu'il ne fit attention au fait que sa main droite s'était réalignée le long de son corps. En revanche, quand la brune partit et qu'au bout de dix secondes, il la suivit, il ne put ignorer le bruit que ses pas faisaient. Une ossature proche des deux mètres cinquante faisait forcément beaucoup plus de bruits qu'une d'un mètre quatre-vingts.

Décidant de ne pas annuler sa transformation immédiatement, il profita de la vitesse que lui conférait son côté démoniaque pour se rapprocher rapidement de sa cible. Il sourit, dévoilant au ciel ses dents acérées, et se prépara à sauter sur la jeune femme qui ne paraissait pas avoir entendu sa progression, en dépit du claquement sec qu'avaient faits ses pieds sur le trottoir. Ses genoux se plièrent, son corps se comprima sur lui-même puis il s'élança et sa formidable silhouette s'étendit dans la clarté du soir pour ne tomber que sur du vide. Un instant décontenancé, il se remit sur ses pieds et tourna sur lui-même à la recherche de celle qui venait de lui échapper. Pris d'une pulsion surprenante, il retrouva sa forme humaine et en fut récompensé par l'odeur caractéristique d'un pot de marmelade brisé. Suivant l'odeur, chose qui lui aurait été impossible s'il avait préféré rester démon, il ne tarda pas à découvrir le produit abandonné au sol, près d'un coin d'ombre. Il s'agenouilla, cherchant à voir si autre chose ne lui avait pas échappé quand il s'était transformé, et regretta immédiatement sa manœuvre quand une botte vint se heurter à son menton et l'envoyer en arrière. Un grognement de colère lui échappa et il plaqua sans plus attendre sa main sur son épaule gauche pour voir de ses yeux propres la jeune femme sortir de l'ombre. Elle ne méritait pas qu'il lui fasse l'honneur de sa vision perfectionnée.

L'expression qu'elle arborait était toujours aussi agaçante. Un nouveau grognement lui échappa. L'envie qu'il avait de la vivisséquer était plus affirmée que jamais dans son esprit et dans ses entrailles. Il fallait qu'il sache ce qu'elle était puis... Il se vengerait. Il était clair qu'elle allait lui payer cet affront et pas qu'une fois, s'il vous plaît.

▬ Je suis au regret de vous informer que ma soirée ne peut plus être bonne, désormais, vu le coup que vous m'avez asséné, lâcha-t-il en se relevant, menton en main, regard dans le sien. Mais ce n'est pas grave, je vous pardonne. Après tout, je vais bientôt vous étriper.

Sa voix était goguenarde, assurée. Il croyait en ce qu'il disait et cela se voyait. Quoiqu'est pu être la jeune femme, ceinture noire de karaté ou illuminée psychotique, ça ne la sauverait pas de son courroux. Pas alors que son égo venait d'être heurté. Pas alors qu'il avait déjà envie de la croquer avant cela. Elle était condamnée. Et Laurens appréciait cela à sa juste valeur.
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Rune Draconis

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MessageSujet: Re: What if there were several perfect matches?   Lun 3 Déc - 22:10

Alors qu'elle reprenait la route vers son appartement, Rune sentit qu'il y avait quelque chose d'anormal dans l'air. Ses sens d'elfe étaient en alerte, et voyaient venir un danger imminent. Profitant de l'obscurité de la rue et du fait qu'elle soit presque seule, elle laissa progressivement son apparence d'elfe reprendre le dessus, éprouvant au passage une certaine joie à se retrouver enfin comme avant. Cela lui avait manqué de ne plus percevoir le monde avec autant de précision, enfermée dans des pauvres sensibilités humaines. Maintenant transformée, elle se concentra pour essayer de détecter le danger, continuer d'avancer avec souplesse sur le trottoir. Elle reconnaissait cette sensation, elle l'avait déjà éprouvée moindrement face à l'inconnue du métro, c'était l'impression d'être en présence d'une créature inhumaine... Le bruit de pas derrière elle lui fournit une part de la réponse. Cela ne pouvaient être des pas humains, ils étaient bien trop lourd. Elle devait donc être suivie par une créature qui avait elle aussi profité de l'obscurité pour se transformer.

Sentant son sang se glacer dans ses veines, la jeune elfe réfléchit rapidement à une stratégie de défense. Les pas se rapprochaient de plus en plus, et elle ne doutait pas que bientôt la créature lui sauterait dessus. Il lui faudrait alors éviter l'attaque... Jetant un rapide coup d'oeil autour d'elle, elle évalua ses possibilités de riposte. A peine un peu plus loin, un coin d'ombre était occasionné par la panne d'un lampadaire. Ce serait parfait. Lorsqu'elle sentit que la créature dans son dos était sur le point de sauter, elle s'élança à son tour, sautant prestement sur le côté avec l'agilité d'un chat. Son sac avait moins apprécié le remue-ménage, et avait laissé s'échapper un pot de marmelade - qui coûtait une fortune, au passage. Cela lui permettrait peut-être de faire diversion...

Le coeur battant à tout rompre, elle regardait de sa cachette momentanée le véritable monstre qui l'avait suivie. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle identifia sa forme vague et sombre, et les dents acérées qui sortaient d'une bouche démoniaque... Elle avait vraiment échappé de peu à un piège mortel... Mais elle put identifier la créature, puisqu'elle était répertoriée dans son livre de mythologie, et qu'elle avait survolé la page. Un Démistophélès, fort et rapide, mais peu de sensation de toucher et d'odorat une fois transformé, si ses souvenirs étaient exacts. En voyant la sublime mais non pas moins terrifiante illustration de Mad, elle n'avait pas eu envie d'en apprendre plus pour le moment.

Sous ses yeux encore effarés du spectacle, Rune vit la créature reprendre forme humaine, et reconnut l'inconnu de l'escalier. Ainsi, il avait voulu l'attirer dans un piège, et s'amuser un peu avec elle avant de la tuer... Déjà, il lui était encore plus insupportable, mais le plus important pour le moment, c'était qu'il était dangereux. Tournant sur lui même, il chercha à deviner sa silhouette, et trouvant le pot de marmelade, se pencha pour l'examiner. La jeune elfe n'attendait que ça. Laissant là son sac, elle s'avança vivement et lança un formidable coup de pied dans le menton de l'inconnu, qui bascula vers l'arrière. Elle se présenta en face de lui, à distance respectable, et le toisa de son regard de glace. Elle ignorait qui de l'elfe et du Démistophélès était le plus rapide, mais peut-être ne tarderait-elle pas à le découvrir. En tout cas, elle avait l'avantage d'avoir tous ses sens exacerbés.

En face d'elle, l'homme grognait, et ne cachait pas son irritation. Visiblement, il n'avait pas du tout apprécié d'être ainsi mis en échec par une pauvre femme comme elle. Ses longs cheveux bruns détachés cachant ses oreilles pointues, Rune ignorait s'il l'avait déjà identifiée, mais se doutait qu'il n'allait pas tarder à le faire. Se relevant, l'homme planta ses yeux furieux dans les siens, et se tenant le menton, lui adressa des paroles bien moins agréables que celles prononcées à peine quelques instants auparavant.

Je suis au regret de vous informer que ma soirée ne peut plus être bonne, désormais, vu le coup que vous m'avez asséné. Mais ce n'est pas grave, je vous pardonne. Après tout, je vais bientôt vous étriper.

La jeune elfe releva la tête, les sourcils froncés. Il avait l'air bien sûr de lui. Peut-être que sa transformation était impressionnante, mais il en faudrait plus pour qu'elle le laisse la déchiqueter. Elle avait aussi des atouts en main, et comptait bien tous les utiliser pour échapper à la mort.

Oh, je suis sincèrement désolée, répondit-elle d'une voix froide dénuée de tout regret, mais c'était de la légitime défense. Ma soirée aussi aurait pu être bonne si vous n'étiez pas venu la gâcher. Plissant les yeux, elle toisa l'inconnu, le coeur rythmant sa colère et son agitation dans ses veines. Quoi qu'il arrive, elle avait les muscles tendus, prête à filer à la moindre tentative d'attaque d'en face. Je vous trouve bien arrogant à donner un pardon qu'il ne vous revient pas de donner. Quant à m'étriper, je vous autorise à le dire seulement quand vous me tiendrez entre vos mains.

Elle savait qu'en jouant à ce jeu-là, elle prenait de gros risques. Elle ne connaissait pas grand chose des capacités des Démistophélès, et peut-être qu'elle paierait cher son insolence. Mais comme dans tout jeu, il y a un gagnant et un perdant, elle prenait le risque.

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Laurens Hartmann

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MessageSujet: Re: What if there were several perfect matches?   Jeu 10 Jan - 13:38

Sa déclaration ne parut pas troubler plus que cela la jeune femme et Laurens en fut intrigué. Il était certain, en plus de cela, qu’elle l’avait vu transformé. Pourquoi n’était-elle pas au bord de la crise de nerfs ? Elle avait les sourcils froncés mais plus dans l’attitude d’une institutrice sur le point de gronder un enfant ayant répété une bêtise que dans celle d’une fille ne comprenant pas les enjeux de la situation. Pourtant, Laurens était persuadé qu’elle se trouvait davantage dans le second cas. Il était un monstre, bon sang !, il venait de la menacer de mort, il l’avait suivie. Cela montrait bien qu’il était dangereux, non ? La pensée que ce qui différenciait son interlocutrice des autres femmes intéressantes qu’il avait pu rencontrer jusque là était simplement le fait qu’elle était plus ou moins autiste s’insinua dans son esprit. Il la trouva probable : cela expliquerait sa réaction et calmerait l’indignation de son égo.

Malheureusement, son hypothèse se détruisit rapidement d’elle-même quand la brune prit la parole pour lui répondre :

Oh, je suis sincèrement désolée, répliqua-t-elle d’une voix froide qui rappela à Laurens le regard qu’elle lui avait adressé dans le magasin, mais c'était de la légitime défense.

Elle marquait un point, même si le jeune homme estimait que ce n’était pas réellement une raison acceptable puisque, si elle l’avait laissé faire, ils seraient tous les deux très contents, à l’heure actuelle. Lui parce qu’il aurait l’estomac plein. Elle parce que la dernière chose qu’elle aurait vu de son vivant aurait été son visage à lui.

Ma soirée aussi aurait pu être bonne si vous n'étiez pas venu la gâcher, ajouta-t-elle d’un ton légèrement plus agressif qui déplut grandement à Laurens. Comment osait-elle dire cela ? Il n’avait pas besoin de plus de raisons pour la tuer, il était déjà suffisamment motivé, merci.

Elle plissa ensuite les yeux, l’observant avec une hauteur qui ne fit qu’accroître la rage qui courait dans ses veines. Une fois encore, un grognement s’échappa de sa gorge. Il mourrait d’envie d’en finir avec elle dès à présent mais la pensée qu’il pourrait se repasser son petit discours pompeux une fois qu’il aurait eu ce qu’il voulait lui plaisait alors il la laissa continuer.

Je vous trouve bien arrogant à donner un pardon qu'il ne vous revient pas de donner. Quant à m'étriper, je vous autorise à le dire seulement quand vous me tiendrez entre vos mains.

Sans plus réfléchir, sa rage étant devenue trop forte pour être maîtrisée par une satisfaction telle que celle qu’il venait de se promettre, Laurens libéra son Démistophélès et se rua à toute vitesse vers son interlocutrice avec la ferme intention de lui faire regretter ses paroles. Malheureusement, alors qu’il s’imaginait déjà la projeter violemment contre le mur le plus proche, elle lui échappa sans trop de difficultés.

Sa souplesse et sa réactivité étourdirent un instant Laurens qui n’arrivait pas à se détacher de l’idée qu’il affrontait une humaine mais, bientôt, il dut se rendre à l’évidence : celle dont il voulait faire son dîner était aussi normale que lui. Le grognement qui lui échappa en comprenant cela le surprit par sa vigueur mais il ne s’arrêta pour autant pas de poursuivre la brune qui avançait avec une aisance formidable dans les ruelles plus sombres où elle l’avait entraîné.

Il semblait au jeune homme que des marques étaient apparues sur sa peau mais il n’aurait pu en jurer. C’eût tout aussi bien pu être des ombres. Il ne lui fallait plus faire de conclusions hâtives à son sujet ; surtout qu’il connaissait très mal les autres monstres vivant parmi les humains. Arcadius avait essayé de pallier à cette ignorance en lui conseillant divers ouvrages intéressants, facilement accessibles, mais Laurens n’avait encore fait aucune démarche pour se les procurer. Alors qu’il venait de se faire envoyer au sol après avoir finalement réussi à attraper la brune, il le regrettait amèrement.

Sans s’étendre davantage sur ce qu’il n’avait pas fait, il se releva et reprit sa chasse, sa rage décuplée comme jamais auparavant. C’était la première fois que l’une de ses proies lui résistait autant. Habituellement, se nourrir était pour lui une simple formalité. Il avait eu raison de penser que la brune était différente mais combien avait-il eu tort de la trouver attrayante. Il aurait du la considérer comme mauvaisement différente, comme une créature inférieure indigne d’être dévorée. Cela aurait évité à son égo d’être aussi malmené.

Il n’allait pas abandonner, quoiqu’il puisse en être. Il devait absolument réparer son erreur, maintenant, ou il ne pourrait plus se regarder dans la glace pendant de longs mois et serait d’une humeur exécrable tout autant de temps. Or, qui disait humeur exécrable, disait moins d’opportunités de se créer un réseau intéressant et c’était tout à fait inacceptable. Une intersection en croix apparut soudain devant eux et Laurens redoubla son allure pour pouvoir plaquer la jeune femme contre l’un des angles que formaient les limites du croisement. Alors qu’il n’y croyait qu’à moitié, il eut le plaisir de constater que son attaque avait, cette fois-ci, fonctionné et qu’il tenait contre lui le corps aussi souple que mince de sa proie.

Passant un bras sur son ventre, il la plaqua fermement contre son torse pour l’empêcher de lui fausser compagnie, sentant que ce n’était pas parce qu’il avait finalement réussi à l’attraper que cela signifiait qu’il parviendrait à la garder. Ses arrières assurées, il les détacha des briques humides du mur et reprit sa forme humaine. Il avait moins de forces ainsi mais il avait envie de discuter avec celle qui lui avait donné tant de mal et cela lui était quasiment impossible quand il était Démistophélès, en raison de sa perte quasi-totale d’humanité.

▬ Je vais t’étriper, chuchota-t-il en se penchant vers son oreille, quelques mèches brunes lui chatouillant le menton, mais avant, je veux savoir ce que tu es.

Il avait volontairement repris la condition qu’elle lui avait donnée au sujet de son éviscération et espéra qu’elle avait apprécié l’attention.

▬ Car tu n’es certainement pas humaine, ma belle, continua-t-il sur le même ton. Pas plus que je ne le suis.
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Rune Draconis

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MessageSujet: Re: What if there were several perfect matches?   Ven 1 Mar - 19:17

La situation n'allait pas tarder à devenir critique. Aryana, ou plutôt Rune, maintenant qu'elle avait retrouvé son apparence d'elfe, pouvait sentir une tension grandissante parcourir toutes les fibres de son être, provenant autant de l'angoisse qui lui serrait la gorge que du mécontentement de l'homme en face d'elle. Ses paroles eurent un effet redoutable sur son interlocuteur qui répondit en grognements de plus en plus furieux, jusqu'à ce que le vase déborde et qu'il finisse par se transformer et se ruer vers elle. Heureusement pour la jeune fille, la nature l'avait dotée d'excellents réflexes, encore améliorés par sa qualité d'elfe ; aussi, avant de se retrouver littéralement engloutie ou déchiquetée par le monstre, elle ne savait guère, elle put esquiver d'un formidable bond de côté et s'enfuir dans une ruelle sombre.

A présent, ignorant parfaitement les capacités de course des Démistophélès, Rune n'avait plus qu'à croiser les doigts pour qu'il ne soit pas plus rapide qu'elle. Malgré le manque de luminosité du dédale dans lequel elle s'enfonçait, sa vision nocturne et ses sens exacerbés par la situation de crise lui permettaient de filer à toutes pompes sans heurter aucun obstacle susceptible de la ralentir. Dans son dos, elle pouvait distinguer, un peu trop proches à son goût, les pas de la créature qui la poursuivait, a priori franchement énervée de ne pas pouvoir l'attraper plus facilement. Alors que la jeune fille s'apprêtait à bifurquer dans une ruelle adjacente, elle sentit quelque chose commencer à agripper son bras, et se dégagea rapidement en le tirant à elle et en envoyant un coup de pied dans ce qu'il lui semblait être, approximativement, la zone des genoux de son adversaire transformé. La chance lui sourit puisque sa riposte fit tomber l'agresseur et lui permit de se libérer de la prise. Elle repartit alors sans attendre, espérant ainsi récupérer quelques secondes d'avance.

Rune s'était éloignée de seulement quelques mètres lorsqu'elle perçut que la poursuite avait reprit dans son dos, et elle serra les dents. Pour une créature aussi grande, il était bien agile à se remettre aussi vite de sa chute. Peut-être était-ce dû à sa fureur dangereusement croissante, vu qu'elle avait pu constater l'égo visiblement disproportionné de cet individu... Qu'importe, il ne fallait absolument pas qu'elle retombe entre ses mains. Elle avait encore beaucoup de choses à apprendre et à faire, alors ce n'était pas un monstre, même de cet acabit, qui allait mettre fin à son ambition ! Continuant à courir aussi vite qu'elle le pouvait dans les rues sombres, la jeune elfe eut une petite pensée pour son sac de courses abandonné au loin, et se demanda dans quelle partie de la ville ils pouvaient se trouver à présent. Heureusement qu'ils n'avaient croisé personne dans ces ruelles désertes... Alors que les pas derrière elle semblaient se rapprocher, Rune réalisa à quel point la situation sentait mauvais pour elle, et commença à réfléchir à un plan de secours, au cas où elle...

Une vive douleur dans la mâchoire et une brusque coupure de sa respiration lui apprirent qu'elle avait hésité une petite seconde de trop sur la direction à prendre à ce carrefour en croix. Alors qu'elle courait au hasard sans en être perturbée depuis le début, se retrouver confrontée à trois choix l'avait poussée à réfléchir stratégie pour mieux perdre son poursuivant, mais celui-ci l'avait déjà trop rattrapée. Alors qu'elle se remettait rapidement du choc, elle sentit un bras glisser sur son ventre, puis quelques instants plus tard, l'homme avait de nouveau pris la place du monstre, et il la tenait serrée contre lui. La tête encore un peu douloureuse et sonnée, Rune constata tout de même que l'étreinte qui la maintenait était moins puissante quand elle avait affaire à l'humain, mais pour le moment elle n'était pas en mesure de s'en débarrasser. A quel plan de secours avait-elle songé, à peine quelques instants plus tôt ??

Je vais t’étriper. L'elfe réprima un frisson quand la voix de son adversaire susurra dans son oreille, et de nouveau ses mâchoires se serrèrent, malgré la douleur due à la collision avec le mur. Mais avant, je veux savoir ce que tu es.

Ne crie pas victoire trop tôt, mon grand, j'ai plus d'un tour dans mon sac, songea la prisonnière. Elle sentait la présence du visage de l'homme tout proche de sa tête, et se demandait si ses oreilles dépassaient de ses cheveux détachés. Si tel était le cas, avec un peu d'observation, il n'aurait aucun mal à deviner sa véritable nature.

Car tu n’es certainement pas humaine, ma belle. Rune n'appréciait pas particulièrement de se faire chuchoter dans l'oreille, les chatouillis occasionné par le souffle de son interlocuteur ayant tendance à l'irriter. Mais elle se disait que ce devait être une attention toute particulière qu'il prenait à son intention, certain de son avantage sur elle. Pas plus que je ne le suis.

Il marquait un point. Quoi que s'il fallait les mettre tous les deux sur une échelle d'humanité, elle était quand même bien plus proche des humains que lui. Même si son apparence et ses capacités physiques différaient sur certains points, au moins elle ne se transformait pas en monstre immense à l'allure cauchemardesque. Mais elle préférait être reconnue comme parfaitement non-humaine, à bien y réfléchir. Être considérée comme humaine aurait été offensant et elle aurait été obligée de prouver le contraire. Quoi qu'il en soit, elle devait donc annoncer au Démistophélès qui la retenait contre lui qu'elle était une elfe, mais se doutait bien qu'une telle révélation risquerait d'occasionner un regain d'intérêt, ou d'auto-satisfaction chez l'adversaire, qui avait enfin réussi à l'attraper. Momentanément. Réfléchissant à toute vitesse, Rune se demandait comment jouer ses prochaines cartes. Stratégiquement parlant, fallait-il tenter un dialogue posé et diplomate, ou bien une riposte directe et foudroyante ? Peut-être fallait-il miser sur le dialogue en premier lieu, même si l'état de fureur qui perçait dans la voix de l'homme indiquait clairement que son efficacité serait de courte durée. Peut-être qu'apprendre qu'elle était une elfe pourrait le distraire quelques instants de plus... Inspirant profondément, Rune répondit d'une voix un peu enrouée :

Effectivement, je ne suis pas humaine. Un humain n'aurait pas tenu deux mètres avant de dire adieu à la vie. Petite louange des capacités de course de l'adversaire et satisfaction de ses propres aptitudes. Et pour ta gouverne, saches donc que j'appartiens à la race elfique.

Il y eut un petit silence, mais Rune ne s'attendait pas à de bruyantes exclamations de la part de son agresseur. Elle ne pouvait déjà pas voir son visage, aussi il lui était impossible de deviner l'impact de la nouvelle sur lui. Et il était évidemment hors de question qu'elle essaie de jeter un coup d'oeil pour vérifier. Elle avait encore sa dignité, même si sa position actuelle ne prêtait pas vraiment à la glorifier. Mais qui sait, cela pourrait bien changer sous peu... Profitant du petit effet de surprise que l'information délivrée avait pu occasionner, la jeune elfe comptait bien essayer de se tirer des griffes du loup.

Discrètement, d'un petit mouvement de jambe contre sa main qui pendait innocemment à son côté, elle s'assura que le poignard qu'elle glissait toujours dans ses vêtements avait résisté à la course folle qu'elle venait de faire. De toute évidence, puisqu'elle n'avait pas la cuisse tranché et qu'elle sentait la bosse du métal à travers le tissu de sa robe, sous son manteau, il n'avait pas bougé. Voilà donc le plan de secours, ma chère Rune... Ton poignard sera peut-être la clé de ta délivrance. Si tu agis vite et bien. Ses pensées menaçaient de se bousculer dans sa tête, mais le moment n'était pas aux escapades mentales, il fallait agir vite et bien...

A peine quelques secondes après sa prise de parole - des secondes interminables pour la jeune elfe -, elle décida de mettre le plan de sauvetage de secours en action. Sa main glissa rapidement sous sa robe et saisit la poignée de son poignard, qu'elle tira vivement hors de sa garde, et le dirigea tout aussi rapidement, avec néanmoins beaucoup de précision, juste derrière sa nuque, et donc juste devant la gorge de son adversaire. A croire que celui-ci avait eut le bon réflexe de reculer sa tête, puisque le chemin de sa lame affûtée ne rencontra aucune obstacle. Mais ce nouvel effet de surprise, accompagné d'un nouveau coup de pied dans les genoux, permit à la jeune fille de se baisser et de se dégager de l'étreinte. Une fois libérée, elle ne perdit pas de temps et fit volte-face, son arme fermement tendue devant elle. Elle ignorait s'il aurait un effet quelconque sur son agresseur si celui-ci se transformait à nouveau, mais tant qu'il était humain, ça le garderait à distance. Dans le cas contraire, malgré le mur dans son dos, elle pourrait toujours compter sur ses réflexes pour tenter de lui échapper à nouveau.

Ses yeux de glace fixés sur l'homme, guettant sa réaction qui ne serait certainement pas des plus tendres, Rune se préparait au pire. Sa joue était encore douloureuse, mais au moins sa tête ne tournait plus, et le meilleur de tout ça, c'était qu'elle était à nouveau libre de ses mouvements. Mais cette fois, de préférence, éviter de trop provoquer le monstre, qui ne se gênerait pas de lui rendre ses coups uns à uns s'il parvenait à l'attraper une nouvelle fois.

Saches aussi, tant qu'on y est, que les elfes sont plus coriaces que les humains. Mais ça, tu devais déjà t'en douter.

Il fallait que ça sorte, qu'il soit prévenu, au moins. Même si elle allait sûrement s'en mordre les doigts, la jeune fille voulait le mettre en garde qu'elle ne se laisserait pas attraper sans jeter toutes ses forces dans la bataille. Dans ses yeux bleus purs, brillants dans l'obscurité, se reflétait la féroce détermination alimentée par son instinct de survie. L'air sombre, elle détaillait son adversaire, qui lui ne devait pas du tout apprécier la tournure de la situation. Qu'importe. Elle avait déjà été attaquée par des bêtes féroces et des ennemis tout aussi brutaux ; bien qu'il soit d'un autre niveau, elle pourrait aussi s'en sortir. Le plus dangereux chez cet homme, c'était son orgueil...

Et donc toi, d'après ce que j'ai pu constater et observer de près, tu es un Démistophélès. C'est intéressant, j'ai appris votre existence récemment, mais je ne pensais pas en voir un si vite... Elle se tut un petit instant, tâchant de rassembler le peu de souvenirs qu'il lui restait de son bref coup d'oeil sur ces monstres. Elle ne savait pas vraiment s'il valait mieux qu'elle affronte l'homme ou la créature... Je n'irai cependant pas dire que je suis comblée.

Sa main se resserra sur la poignée de sa lame, et elle plissa les yeux. Il pouvait tenter n'importe quelle attaque, elle était prêt à parer une nouvelle offensive. Ses muscles étaient tendus et ses réflexes prêts à la faire bondir pour éviter l'assaut.

Qu'il vienne donc, le grand méchant loup. L'agneau était prêt à l'accueillir.

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Laurens Hartmann

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MessageSujet: Re: What if there were several perfect matches?   Sam 18 Mai - 10:52

Quelques secondes de silence passèrent durant lesquelles Laurens eut beaucoup de mal à ne pas jubiler : il avait l’impression d’avoir gagné la guerre mais gardait tout de même en lui la crainte de la confondre avec une bataille. Il ne fallait pas vendre le crâne du monstre avant de l’avoir décapité, c’était bien connu. Or, pour le moment, sa proie avait encore sa jolie petite tête attachée à ses épaules. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle put inspirer profondément, il sentit ses épaules remonter contre lui, avant de lui répondre.

Effectivement, je ne suis pas humaine. (Un rictus déforma les lèvres du Demistophélès.) Un humain n'aurait pas tenu deux mètres avant de dire adieu à la vie. (Le rictus prit un pli satisfait mais les bras du jeune homme ne relâchèrent pas pour autant leur étreinte) Et pour ta gouverne, saches donc que j'appartiens à la race elfique.

S’il n’avait pas été tant ancré dans la chasse, Laurens aurait pu lâcher sa proie de surprise. Malgré son peu de connaissances sur le monde magique, il avait entendu parler des elfes et, de qui était arrivé à ses oreilles, c’était une race ombrageuse, solitaire et très vive. Comme les Démistophélès, ils se situaient plutôt dans le sommet de la chaîne alimentaire mais, à contrario d’eux, ils n’avaient pas pour ambition de décimer l’ensemble des autres créatures dans le but de s’en nourrir. Ils préféraient s’entretuer dans de vaines luttes de pouvoir ; ce que Laurens pouvait tout à fait comprendre. Même si le meurtre entre congénères était proscrit et vivement puni dans son clan, sauf dans certains cas exceptionnels, il savait qu’il n’hésiterait pas à le commettre si jamais la situation l’exigeait.

Pris dans ses pensées, il ne remarqua pas que le corps de l’elfe se raidissait entre ses bras, pas plus qu’il ne nota le léger changement de position qui avait provoqué cela. Le chasseur avait laissé sa place à l’ambitieux et il ne tarderait pas à le regretter.

La vivacité des elfes est généralement couplée à une souplesse, une réactivité et une assurance au-dessus de la moyenne. La voix d’Arcadius résonna dans sa tête et Laurens songea qu’il avait encore beaucoup trop à apprendre pour le bien-être de sa fierté. La lame d’un poignard sous la gorge, il venait de passer du statut de chasseur à celui de proie. C’était inacceptable mais si c’était arrivé, c’était de sa faute : il avait commis l’imprudence de vouloir communiquer et penser au lieu de rester sous sa forme de démon et de dévorer le cœur de la jeune femme sans plus de cérémonie. Arcadius serait embarrassé, s’il le voyait : il aurait honte de ce qui serait arrivé et lui dirait qu’il l’avait pourtant prévenu. Et lui, Laurens, ne pourrait rien faire d’autre que grogner avant d’admettre qu’il avait raison. Mais, pour le moment, ce n’était pas encore cela : le poignard appuyait toujours contre sa peau et il était heureux que son côté Démistophélès ait pensé à s’éloigner, sinon il ne serait plus en état de faire quoique ce soit. Misérablement, il aurait été en train de se vider de son sang par terre et les membres de son clan n’auraient pu s’empêcher de se moquer de son triste sort dès qu’il l’aurait trouvé. Seul Arcadius s’en serait abstenu parce qu’il aurait été rongé par la culpabilité : même s’il était un excellent Démistophélès, Arcadius avait conservé, de façon fort étrange, une humanité des plus présentes dans ses rapports à son putra.

Quelques infimes instants après s’être rendu compte qu’il avait commis une erreur, Laurens s’apercevait de l’étendue de celle-ci lorsqu’il reçut un choc dans les genoux qui l’obligea à laisser filer son ancienne proie. Le poignard s’écarta de sa gorge pour venir se planter devant lui, son manche solidement tenu par l’elfe qui paraissait plus que prête à combattre. Laurens, de nouveau très agacé, laissa son regard courir sur le mur qui empêcherait son adversaire de partir facilement avant de revenir à elle. Une certaine excitation pulsait dans ses veines malgré les froissements que son égo subissait Il était un chasseur et, même s’il adorait que sa proie ne lui résiste pas, il conservait le goût du défi. Or, l’elfe en représentait un solide au vu de tout ce qu’elle lui avait fait depuis qu’ils s’étaient rencontrés. Maintenant, il serait donc de bon ton qu’il cesse de faire n’importe quoi et qu’il se mette enfin à réagir comme la situation l’exigeait : de façon sérieuse et froide. De façon démoniaque, en fait.

Le regard de l’elfe ne le lâchait pas. Il pouvait entendre son cœur battre dans sa cage thoracique et la constance de ses battements ne faisait qu’accentuer l’allure de combattante professionnelle de la jeune femme. Elle avait été entraînée à faire face à ce genre de situations, elle avait été préparée à utiliser sa nature pour survivre. Laurens se promit de lire tous les ouvrages qu’Arcadius lui avait conseillés.

Saches aussi, tant qu'on y est, que les elfes sont plus résistants que les humains. Mais ça, tu devais déjà t'en douter.

S’il n’avait pas été en train de perdre son humanité, Laurens aurait certainement apprécié l’ironie de la phrase : alors qu’il se promettait de pallier à ses lacunes monstrueuses, celle qui avait motivé cette décision l’instruisait. Le monde était merveilleusement bien fait quand on prenait le temps d’y penser. Malheureusement, Laurens prenait rarement ce temps et au vu du regard presque provoquant de la jeune femme, ils étaient deux.

Et donc toi, d'après ce que j'ai pu constater et observer de près, tu es un Démistophélès. (Il réprima de justesse un grondement qui ne fit que résonner sourdement dans sa cage thoracique) C'est intéressant, j'ai appris votre existence récemment, mais je ne pensais pas en voir un si vite... Je n'irai cependant pas dire que je suis comblée.

Ses phalanges blanchirent alors qu’elle réassurait sa prise sur son poignard et Laurens se rendit compte presque distraitement que son Démistophélès était sur le point d’arriver. Habituellement, il préférait les transformations spontanées, aussi efficaces qu’impressionnantes, mais, dans le cas actuel, un peu de discrétion ne pouvait pas faire de mal.

▬ J’ai l’habitude, ne t’en fais pas, répondit-il, même si, en temps normal, les gens n’ont pas le temps de formuler à voix haute cette pensée.

Il ménagea une pause en faisant glisser son regard au sol avant de passer une main dans ses cheveux et de relever les yeux dans ceux de son interlocutrice. Un sourire faussement contrit brillait sur son visage, dévoilant ses fossettes autant que les dents acérées de son Démistophélès, et ses yeux verts commençaient à se teinter du gris sombre de son espèce.

▬ Quoiqu’il en soit, reprit-il en relâchant son bras le long de son corps, j’apprécie ta résistance.

Une ombre commença à se propager autour de lui avec sa jambe gauche comme épicentre.

▬ Serait-ce trop cavalier de te demander ce que tu as lu sur les membres de mon clan ? demanda-t-il et, à ce moment-là, ses yeux d’homme avaient totalement disparu pour ceux du démon.

Quelques secondes plus tard, sa silhouette s’allongeait et sa peau se teintait de cette encre sans reflet qui composait la peau des Démistophélès. Un rictus déforma brièvement sa bouche monstrueuse tandis qu’il finalisait sa transformation puis il reposa ses yeux sur le visage de la jeune femme qui lui apparaissait désormais aussi petite que vulnérable ; poignard et capacités elfiques ou pas.

▬ Ou peut-être préfères-tu vérifier par toi-même si tout ce que tu as lu est vrai ? Je sais que tu as déjà eu un aperçu mais, promis, cette fois, je ne jouerai pas.

Les battements de cœur de l’elfe parurent s’accélérer et Laurens accueillit ce changement, réel ou imaginé, comme le signe que ce qui allait arriver serait décisif pour tout le reste et, même s’il n’avait plus d’humanité, il aurait certainement pu laisser échapper un ronronnement de satisfaction face à ce sentiment.

Après tout, démon ou non, les présages positifs faisaient toujours plaisir.

Surtout lorsqu’il s’agissait de corriger un problème.

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Rune Draconis

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MessageSujet: Re: What if there were several perfect matches?   Mar 3 Sep - 22:05

De secondes en secondes, la situation devenait de plus en plus critique. Rune le savait parfaitement, le temps jouait en sa défaveur face au monstre naissant en face d'elle, mais pour le moment elle était bel et bien coincée. Il lui fallait de toute urgence un plan de secours, sans quoi sa vie prendrait un tournant décisif, et malheureusement ce serait droit dans le mur. Elle ne savait plus si c'était le Démistophélès qui l'avait renseignée sur sa mort prochaine, ou bien le peu qu'elle avait lu sur l'espèce ; quoi qu'il en soit, ce qu'elle savait, c'est qu'elle n'avait aucune envie de mourir le coeur arraché.

Elle se tenait droite, le poignard toujours tendu devant elle, alors qu'elle savait pertinemment qu'une fois l'homme devenu monstre, il lui serait aussi efficace qu'un cure-dent. Le problème, c'est que bien peu de solutions de sauvetage se présentaient à elle ; et parmi ces maigres solutions, elle avait bien peu de chance de ne pas y laisser sa peau. En quelques mots, la situation était désespérée. D'autant qu'elle s'en souvienne, la jeune elfe ne s'était jamais retrouvée dans de si beaux draps, mais elle parvenait malgré tout à conserver un minimum de sang-froid, assez pour essayer de relancer son cerveau sur l'issue de secours.

En face d'elle, le calme apparent de l'homme l'inquiétait un tantinet. Ce n'était pas bon signe, et ça annonçait même quelque chose de très mauvais pour elle dans les minutes à venir. De toute façon, elle savait à quoi s'attendre, mais cette perspective la glaçait quand même.

▬ J’ai l’habitude, ne t’en fais pas, même si, en temps normal, les gens n’ont pas le temps de formuler à voix haute cette pensée.

Comme si elle s'en faisait. Voilà qu'il allait jouer avec ses nerfs, mais c'était compréhensible, pour le moment c'est lui qui menait le jeu. Elle imaginait facilement que d'ordinaire, personne n'avait rien à redire sur les méthodes d'attaque des Démistophélès. Combien de victimes ce prédateur avait-il pu déjà faire ? Et combien y'en aurait-il encore ? Elle n'en avait aucune idée, et tout bien réfléchi elle ne voulait absolument pas le savoir. Ses yeux restaient fixés sur l'homme, concentrée qu'elle était, sourcils froncés. Et c'est parce qu'elle le fixait qu'elle réalisa avec une pointe d'angoisse que ses dents n'avaient plus rien d'humain. Le démon refaisait surface, mais lentement cette fois.

▬ Quoiqu’il en soit, j’apprécie ta résistance.

Rune commençait à avoir sa voix en horreur. Son visage était plus pâle qu'à l'ordinaire, et bien qu'elle mit toute sa volonté à rester impassible, on pouvait clairement voir ses mâchoires se contracter. Ses yeux perçants jetaient de furtifs regards à droite, à gauche, dans le but de déceler la moindre faille qui lui permettrait de fuir. Elle ne voyait rien, rien d'autre que cette ombre qui s'étendait, d'une obscurité alarmante.

▬ Serait-ce trop cavalier de te demander ce que tu as lu sur les membres de mon clan ?

Les yeux de l'elfe s'agrandirent légèrement, et elle fit un pas en arrière. Elle ne cessait de perdre du terrain, et la menace grandissait en face d'elle. La transformation du Démistophélès la dégoûtait, et elle espérait bien ne plus jamais avoir à faire avec une de ces créatures, à l'avenir. Du moins, si elle en sortait vivante.

▬ Ou peut-être préfères-tu vérifier par toi-même si tout ce que tu as lu est vrai ? Je sais que tu as déjà eu un aperçu mais, promis, cette fois, je ne jouerai pas.

L'instant allait être décisif. Rapidement, tâchant de ne pas laisser la panique envahir la moindre fibre de son être, Rune évalua la situation. Elle était dos à un mur, devant elle se dressait un monstre de deux mètres avec pour objectif de lui arracher le coeur, et elle avait un poignard pour se défendre. Voilà tout. En réalité, elle n'avait pas une multitude de choix pour son avenir : soit elle parvenait tant bien que mal à fuir, soit elle mourrait dans les minutes à venir. Pour elle le choix serait facile, il ne restait plus qu'à se démener pour en sortir effectivement vivante.

Le cerveau en ébullition alors que les secondes s'écoulaient, la jeune elfe se sentait de plus en plus piégée. Elle était prête à se raccrocher à n'importe quoi pour échapper à une mort prématurée - sauf invoquer la pitié, bien sûr, ce serait dégradant et parfaitement inutile. Mais si elle avait la moindre petite chance, ne serait-ce que pour faire diversion et parvenir à fuir...

Un fin sourire se dessina sur ses lèvres, et Rune raffermit sa prise sur son arme. Elle sentait venir une idée complètement folle, mais qui pouvait marcher, et l'accueillait comme un lever de soleil après une nuit pleine de cauchemars. Le tout pour le tout, après tout si elle ne tentait rien, elle serait dévorée. Maintenant, il fallait surtout qu'elle se concentre, et surtout, surtout qu'elle ne rate pas son coup. Sinon ça pourrait bien être le dernier, et elle serait battue.

L'elfe fit un pas en avant, retrouvant sa place initiale. Elle n'était pas ravie de réduire la distance entre elle et le dévoreur de coeurs, mais il fallait bien qu'elle montre son assurance. Elle affichait un sourire calme, et sentait le sang-froid reprendre le contrôle de ses battements cardiaques. Elle n'était pas encore mise au tapis, elle avait un dernier coup à jouer, et tant qu'elle le pourrait, elle se démènerait pour sa vie. A présent, il lui fallait montrer au monstre qu'elle n'avait pas peur de lui, et qu'il n'était pas encore le grand gagnant.

▬ Ça pourrait être divertissant, en effet, mais je crains que tu ne suscites mon intérêt encore bien longtemps.

Le sourire se fit plus franc avec la provocation ; peut-être que de se savoir si proche de la mort la rendait complètement cinglée, en tout cas cette situation et son possible retournement l'amusaient presque. Elle devait jouer son rôle à fond, déstabiliser son adversaire, c'était sa seule chance. Mais elle était en tout cas ravie de constater que sa voix ferme ne l'avait pas trahie, sans quoi tout ceci n'aurait servi à rien.

▬ Alors je suis navrée, vraiment, mais il va falloir...

Elle ne termina pas sa phrase. D'un mouvement vif, elle lança son poignard en direction de la tête du Démistophélès. Qu'elle le touche ou non, ça n'avait plus d'importance. Ce qui comptait, c'est qu'il avait à présent à se soucier d'un autre problème qu'elle. C'était une courte diversion, certes, mais elle priait pour que ça suffise. Rune ne s'éternisa d'ailleurs pas sur la situation ; sans demander son reste, la jeune elfe s'élança sur le côté droit, et bientôt la course reprit. Son coeur battait à nouveau à tout rompre, elle ne percevait plus grand-chose autour d'elle, mais tout ce qui lui importait était sa fuite. Elle n'avait jamais prié aussi fort pour que son entreprise soit un succès, et alors que ses pas rapides résonnaient dans la ruelle étroite, alors que ses foulées agiles tentaient de mettre le plus de distance possible entre elle et le monstre, elle commençait déjà à échafauder un nouveau plan.

Elle espérait croire le contraire, mais la part raisonnable de son esprit pensait fortement que la partie de chasse n'était pas encore terminée.

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Laurens Hartmann

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MessageSujet: Re: What if there were several perfect matches?   Mer 9 Sep - 18:32

Le silence s’éternisait et Laurens songeait à le briser d’une manière aussi brusque que définitive quand son adversaire se mit un sourire. Un sourire aussi tranchant que la lame de son poignard, qui ne prépara pas le Démistophélès à ce qui suivit. Sans rien dire, sans changer d’expression, l’elfe avança de manière à revenir où elle était quelques instants plus tôt. S’il n’avait pas été aussi sûr de sa supériorité, Laurens l’aurait dévorée à la seconde même. Mais il considérait avoir le temps de jouer encore un peu avec son futur repas, alors il ne fit rien. De sa monstrueuse hauteur, il se contenta de la toiser avec la pitié que l’on réserve à ceux que l’on sait condamnés.

Ça pourrait être divertissant, en effet, mais je crains que tu ne suscites mon intérêt encore bien longtemps, dit finalement la jeune femme, troquant son sourire sibyllin pour une expression ouvertement railleuse.

Un grognement mécontent échappa de la gueule aux crocs nombreux et acérés mais aucune réaction elfique ne vint. La proie continua simplement de parler, comme s’ils étaient en plein milieu d’un exercice d’éloquence :

Alors je suis navrée, vraiment, mais il va falloir...

Un éclat brillant apparu soudain dans le champ de vision de Laurens et, concentré qu’il fut pour intercepter l’objet, il ne put que constater la disparition de sa proie. Qu’une diversion si basique ait eu raison de sa position de force ne fit que décupler sa rage, et la faim qu’il avait du cœur de la jeune elfe. Violemment, il jeta le poignard au sol. S’il y pensait, il reviendrait le récupérer pour en faire un trophée. S’il l’oubliait… Ce n’était pas son problème, et ce ne serait plus celui de sa proie.

Concentré sur cette pensée, il se mit en chasse, ses mâchoires crispées en un rictus malveillant. Bien que son ouïe n’ait connu aucune amélioration par le biais de sa métamorphose, les pas de la jeune femme claquaient sèchement dans le silence de la nuit et la suivre était un jeu d’enfants. Bientôt, elle fut en vue, ombre fugitive, mais pas assez pour qu’il ignore sa présence, ou même la distance qui les séparait.

Sollicitant l’ensemble de ses muscles pour parvenir à rattraper la jeune elfe, certain de pouvoir l’intercepter, il eut le déplaisir de la voir glisser entre ses griffes, agile comme seuls savent l’être les membres de son espèce. Un nouveau rugissement rauque résonna alors dans le labyrinthe de ruelles qu’ils arpentaient mais, encore une fois, Laurens eut à peine conscience de l’avoir poussé. Tout ce qui le préoccupait était ce cœur bien trop vivant à son goût, qui s’escrimait à le fuir et à le perdre via des trajectoires toutes plus aléatoires les unes que les autres.

▬ Malgré toute votre assurance, je savais que votre espèce était celle des lâches, grogna-t-il sans ralentir, de manière suffisamment intelligible pour être sûr que sa proie l’entende bien. L’espoir qu’une provocation aussi grossière puisse donner des résultats ne faisait que montrer tout le mépris qu’il avait pour l’espèce qu’il pourchassait.

Même si Arcadius n’aurait pas manqué de le sanctionner pour cela, ce mépris autant que son propre manque de discrétion indifféraient Laurens à bien des niveaux. Tout d’abord, il savait que la zone où il se trouvait n’était fréquentée que de gens marginaux, voire de personne une fois la nuit tombée. Si témoignage de choses étranges, il y avait, personne pour les croire, il y aurait. Ensuite, si quiconque s’avisait de venir voir ce qui se passait en direct, il le dévorerait et le problème serait réglé. Et, finalement… Il voulait vraiment avoir l’elfe. A tout prix ; même si dans son esprit, il n’était pas possible qu’il y eut réellement la moindre chose à payer, à compenser. Le cœur lui était dû : il était l’espèce la plus haute dans la chaîne alimentaire.

On ne demandait pas à un lion de se faire encorner par une antilope avant de pouvoir la manger. On n’imaginait même pas une antilope faire quoi que ce soit pour défier le lion, si ce n’est fuir comme le faisait l’elfe qu’il s’était choisi pour dîner. Par conséquent, une fois la chasse terminée, ce qui ne saurait plus tarder, il n’y aurait rien à payer. La balance se serait équilibrée, grâce au mécanisme de sélection naturelle qui définissait les forts et les faibles, les prédateurs et leurs proies…

Un nouveau rugissement déchira l’air, mais, cette fois, il avait été volontaire.

De toutes ses rangées de dents, Laurens souriait.

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Hartmann


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