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 Erreur de transaction. [Rune&Franz]

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Rune Draconis

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Date d'inscription : 27/04/2012
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MessageSujet: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Jeu 30 Aoû - 20:39

La plus grande rue commerçante de Berlin valait vraiment le détour. Son sac serré contre elle, les yeux papillonnant de droite à gauche sur les vitrines et les belles maisons, Aryana marchait tranquillement, prenant le temps de savourer entièrement l'atmosphère vivante du lieu. Bien qu'elle n'affectionnait pas particulièrement le bruit, la jeune elfe se plaisait à venir déambuler de temps en temps dans les endroits grouillants de personnes, ne serait-ce que pour se réhabituer au bruit et à la présence du monde. Le silence était un atout précieux pour réfléchir, mais quand elle était lasse de trop se creuser la tête, elle venait perdre ses idées en marchant au hasard dans les rues les plus passantes et les plus animées de la ville. Ici, c'était alors un autre mécanisme qui se mettait en place : elle laissait son regard errer sur la multitude de visages qu'elle croisait, se plaisant à en observer certains et se faire quelques remarques ; mais la plupart du temps elle laissait ses pensées brouillonner librement, et alors, c'était ses sens qui en profitaient le plus. La jeune fille aimait s'arrêter devant les belles maisons, et détailler leur architecture, ou bien elle approchait de la devanture d'une boutique, et elle inspirait à plein poumons, recevant des multitudes d'odeurs en fonction de l'endroit où elle allait. Parfois, elle s'asseyait sur un banc, et regardait passer les gens, écoutant les conversations passant à sa portée, essayant d'imaginer la suite ; pour cela, les humains offraient une diversité absolument époustouflante, évoquant une multitude de sujets d'importance diverses tous plus incongrus les uns que les autres.

Pourtant, aujourd'hui, Aryana flânait moins ; elle avait rapidement quitté son cours en fin d'après-midi, peu désireuse de rester avec son troupeau de classe, et avait marché jusqu'à la Schönhauser Allee, où elle devait se rendre chez un bouquiniste. Les livres ! Ils étaient bien plus nombreux et plus diversifiés que dans son monde, et elle se plaisait à passer beaucoup de temps dans les bibliothèques. Chaque fois qu'elle marchait dans les rayons, l'odeur des livres, des pages longtemps fermées et un peu jaunies, des reliures abîmées lui montait au nez, et elle fermait les yeux quelques instants, ravie de cette impression familière qui commençait à s'éveiller en elle. Elle s'était plus rapidement adaptée au monde de la lecture que dans celui des humains, aussi, chaque fois qu'elle replongeait dedans, elle avait l'impression de rentrer à la maison. Un de ses passe-temps favoris à présent était de dénicher des ouvrages portant sur les civilisations légendaires - ces pauvres humains étaient décidément bien ignorants à ce propos - et de regarder comment était traité son peuple. En règle générale, les elfes recevaient plutôt bon accueil dans les croyances humaines, et elle s'en félicitait intérieurement. Il était vrai que le peuple elfique était vraiment remarquable, quoi qu'en ce moment, sa paix batte un peu de l'aile... Autant Rune aimait faire semblant de se renseigner sur ce qu'elle était, ou sur ce que disait d'elle les humains, autant elle essayait aussi de se renseigner sur les autres espèces susceptibles de peupler ce monde... Sa rencontre avec une étonnante jeune femme dans le métro l'avait légèrement troublée, elle était toujours persuadée de ne pas s'être retrouvée face à une véritable humaine, alors elle essayait de combler ses lacunes en matière d'espèces "magiques" étrangères. Malheureusement, les bibliothèques de la ville n'était pas assez impliquées dans ce domaine, en ce sens que les humains paraissaient vraiment inconscients des créatures qui pouvaient les entourer. Mais il était vrai que, comme elle, ces créatures devaient tout faire pour ne pas être découvertes.

C'était pour continuer ses recherches à ce sujet qu'elle se dirigeait vers le magasin d'un bouquiniste. Puisque les bibliothèques ne pouvaient pas satisfaire sa curiosité, elle s'était renseignée auprès d'un spécialiste en créatures étranges et légendes de temps lointains, et avait pu se procurer un ouvrage. En réalité, elle allait à présent le chercher. Jetant des coups d'oeil d'un côté et de l'autre de l'Allée, puis se référant à un morceau de papier où elle avait rapidement noté l'adresse, la jeune elfe était en quête de la boutique. Elle finit par la dénicher quelques pas plus loin, coincée entre deux magasins. Soulagée, elle poussa la porte et entra. L'odeur inimitable des vieilles pages et du cuir surgit instantanément, et elle dût se retenir de ne pas pousser un profond soupir d'aise. Cette odeur lui rappelait même l'ancien bureau de son maître, chez elle, dans son monde. Mais les livres étaient bien moins intéressants là-bas, ne traitant que de vieilles connaissances que les élèves devaient rabâcher. Elle approcha du comptoir en bois vernis, observant les multiples rayonnages de livres qui ornaient les murs. Une douce musique de fond et la lumière légèrement tamisée rendaient l'atmosphère particulièrement agréable, et la jeune fille commençait à rêver d'un hamac tendu entre les deux murs, lorsqu'un bruit de porte la fit presque sursauter. Le bouquiniste venait d'apparaître derrière le comptoir et lui souriait gentiment, confus de l'avoir effrayée. Apaisée par l'atmosphère paisible du lieu et l'air sympathique du bonhomme, Rune se laissa aller à lui sourire un peu en retour, ne voulant surtout pas passer pour une cliente froide et détestable, surtout qu'elle renouvellerait certainement sa visite. Le bouquiniste inspirait la confiance, c'était un homme âgé, au visage ridé et aux cheveux blancs, qui inspirait la confiance et répondait exactement à l'image que la jeune elfe se faisait d'un vendeur de livres. Elle approcha du comptoir pour récupérer le livre enveloppé de papier qu'elle mourrait d'envie d'étudier, et le prit délicatement entre ses doigts fins. Après de nombreux remerciements au bouquiniste, elle se retourna pour sortir, et remarqua à cet instant la présence d'un homme dans la boutique. Tellement perdue dans ses vapeurs de bouquins, elle ne l'avait même pas vu ni entendu entrer... Il fallait décidément qu'elle sorte de cette droguerie. Alors que l'inconnu venait vers le comptoir pour récupérer lui aussi un précieux colis, elle lui adressa un discret signe de tête en guise de salut, et sortit de la boutique. Une fois dehors, la jeune fille emplit ses poumons d'air frais afin de se remettre les idées en place, et prit le chemin de son appartement. Bientôt elle pourrait en apprendre plus sur les éventuelles créatures côtoyant les humains !

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Franz Brinkmann

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Lun 3 Sep - 14:57



Les passions avaient tous les pouvoirs. Détruire, diriger, bâtir, tuer, accomplir… Tout était en elles. Elles pouvaient mener jusqu’au soleil ou vous laisser tomber dans les profondeurs de la Terre. Personne ne pouvait dire ce qui allait se passer quand une passion s’entichait de vous. C’était une roulette russe. Un un contre un qui pouvait se révéler mortel ou diablement vivifiant. Le pire était sûrement que n’importe quoi pouvait se muer en passion, d’un instant à l’autre. Le monde était rempli d’une multitude de faux-amis, attendant le bon moment pour vous piéger dans leurs filets passionnés et empoisonnés.

Franz était tombé dans le piège alors qu’il n’avait que huit ans. Le goût de la lecture autant que celui du livre s’étaient imposés à lui, sans lui laisser la moindre chance de résister. Ils l’avaient happé jusqu’à lui faire miroiter un idéal auquel accéder. Un idéal qui le libérerait mais un idéal qui n’existait peut-être pas, au fond. Du moins était-ce son sentiment, en ce jour de Septembre. Il était dans une de ces périodes où il se disait que le Vorteil n’était qu’un songe, une métaphore de ce qu’il pensait au sujet de sa connaissance quasi parfaite d’Alice.

Debout devant une immense baie vitrée, au sommet d’un des nouveaux gratte-ciels berlinois, il venait de sortir d’un rendez-vous avec son supérieur hiérarchique direct, celui qui le mettait en relation avec les clients et l’informait de ses futurs déplacements. En bien des sens, il avait le sentiment d’être mieux gradé que son supérieur, puis il se retrouvait dans son imposant bureau, au dernier étage d’un bâtiment neuf, et il s’apercevait que ses jolies chambres d’hôtels, ses billets d’avion première classe et son fond extravagant n’étaient somme toute pas grand-chose. Mais jamais il n’enviait son supérieur. Son emploi lui convenait bien trop pour cela.

▬ Herr Brinkmann, quelque chose ne va pas ?

Il se retourna lentement vers la secrétaire qui lui avait parlé.

▬ Tout va bien, Fräulein Lindeberg. Je réfléchissais simplement à quelque chose.

▬ Vous voulez que je vous amène un verre d’eau ?

▬ Ca ne sera pas nécessaire. Je m’en vais immédiatement, répondit-il en se dirigeant vers l’ascenseur situé au centre de l’espace dégagé.


Une vingtaine de minutes plus tard, il cheminait hasardeusement dans les rues de Berlin, le nez en l’air, la tête dans ses idées. Comme souvent, un livre lui occupait l’esprit. Ce jour-là, il s’agissait d’un livre qu’il avait commandé plusieurs jours auparavant chez un de ses bouquinistes préféré : une édition complète et illustrée des œuvres de Lewis Carroll. L’ouvrage devait arriver le jour-même ou le lendemain. Un coup d’œil autour de lui lui permit de s’apercevoir qu’il se trouvait à proximité de la Schöhauser Allee où se trouvait la boutique. Trente secondes lui furent suffisantes pour qu’il se décide à aller voir si son livre était arrivé.

Fendant la foule avec détermination, il obliqua dans une rue étroite qui le conduisit directement au milieu de l’Allee, à quelques dizaines de mètres du bouquiniste. Là, les gens étaient aussi massivement présents que dans l’artère qu’il venait de quitter mais c’est à peine s’il s’en apercevait, tant il était tendu vers son but. En quelques pas, il franchit les mètres qui le séparaient encore de sa destination et poussa la porte avec un soulagement instinctif. Abrité entre les hautes étagères chargées de livres, dissimulé parmi les couvertures de cuirs, il était dans son élément plus que nulle part ailleurs. La musique qui jouait doucement l’agaça un instant puis il en fit abstraction, absorbé dans la contemplation d’une tranche à l’élégante calligraphie. La lumière filtrait difficilement parmi les livres mais cela ne le gênait pas. Il avait l’habitude de déchiffrer le moindre caractère dans n’importe quelle situation. Ses yeux avaient vu et verraient sûrement pire ; il comptait les utiliser jusqu’à ne plus rien voir.

Ainsi appuyé dans le coin que formaient deux étagères, il ne s’aperçut ni de l’entrée d’une jeune femme, ni de l’apparition du bouquiniste. Même le livre qu’il était venu récupérer, sa précieuse édition complète, lui était sorti de la tête. Il fallait dire que la tranche qui avait précédemment attiré son regard était celle d’un ouvrage qu’un client important désirait depuis plusieurs mois et qui avait été confié à Hanz, un de ses collègues qu’il détestait et qui le lui rendait bien. S’il remplissait cette commande, il ferait perdre à Hanz son client et augmenterait quelque peu son grade tout en diminuant celui de son adversaire… L’idée était plaisante. Refermant d’un coup sec le livre qui lui assurerait une si agréable victoire, il avança vers le comptoir et constata la présence de la jeune brune alors même qu’elle partait. N’étant pas homme à s’intéresser de près aux femmes, aussi jolies fussent-elles, il l’oublia rapidement et demanda au bouquiniste si sa commande était prête tout en posant sur le comptoir le livre qu’il venait de trouver.

Un hochement de tête affirmatif lui répondit et un ouvrage empaqueté dans du papier de soie fut poussé devant lui. Comme à chaque fois qu’il effectuait un achat, Franz déplia doucement l’emballage, savourant les quelques misérables secondes qui l’éloignaient encore de son nouvel objet d’adoration. Quelle ne fut pas sa surprise de trouver un vulgaire livre de mythologie saxonne à la place de son édition complète ! Ses yeux clairs se levèrent immédiatement vers le visage ridé du bouquiniste et il lui demanda d’une voix chargée de colère où se trouvait sa commande. Sans se départir de son calme, le bouquiniste lui répondit que c’était la jeune femme qui venait de sortir qui l’avait. Il s’était trompé en lui donnant sa commande, expliqua-t-il avec sérénité. Franz ressentit l’envie de le gifler pour le départir de son agaçante mollesse. A la place, il lui ordonna de garder les deux livres à un endroit fiable, pour éviter qu’ils ne partent avec d’autres de ses clients, et sortit à toute allure de la boutique, ses yeux cherchant frénétiquement la silhouette de la femme qui avait son dû. Par chance, il avait remarqué la longueur de ses cheveux et le chaloupé de sa démarche et ses deux éléments lui permirent de rapidement la retrouver. Elle était sur le point de tourner dans la rue par laquelle il était lui-même arrivé.

Sans se préoccuper de ceux qui l’entouraient, ni de l’image qu’il donnerait, il se mit à courir dans sa direction en se retenant de hurler un « mademoiselle » qui lui ferait certainement plus peur qu’autre chose. Un instant plus tard, il arrivait à son niveau et frôlait ses cheveux en s’arrêtant. Un instant plus tard, elle se retournait vers lui et il s’apercevait qu’elle ne paraissait absolument pas effrayée mais plutôt contrariée ou consternée de son intrusion dans sa vie. Il en fut aussitôt piqué et se redressa machinalement du plus haut qu’il put avant d’expliquer son geste.

▬ Vous n’avez pas le bon livre.

Devant son air sceptique, il s’empressa de donner un supplément d’informations sur ce qu’il entendait par là, tout en appuyant discrètement sur le point de côté que la course mêlée à la précipitation lui avait donné.

▬ Le bouquiniste que vous venez de quitter a commis une erreur et c’est ma commande que vous avez dans… votre sac, acheva-t-il, la gorge nouée en posant son regard sur ledit sac.

Si son précieux ouvrage se trouvait être abîmé à cause du sac, il ne pourrait pas se retenir de hurler sur le bouquiniste pour son incompétence ; même si c’était la première fois qu’il commettait la moindre erreur avec lui. Une fois, c’était déjà une fois de trop. Et que lui-même se casse la voix ou passe pour un fou en faisant ça n’avait pas la moindre importance. Ce qui comptait était qu’il n’avait pas encore le fichu livre qui importait tant à ses yeux et qu’il avait, en plus, abandonné – brièvement, il espérait - un autre ouvrage qui promettait pourtant de lui ouvrir de grandes portes.


Dernière édition par Franz Brinkmann le Dim 2 Déc - 15:03, édité 1 fois
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Rune Draconis

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Dim 30 Sep - 13:53

L'air serein, Aryana retournait tranquillement vers son lieu d'habitation, satisfaite de son achat. Enfin, satisfaite... Elle réalisa soudain qu'elle n'avait même pas vérifié l'état de la marchandise, pressée qu'elle était de retourner l'étudier ! Si ça se trouve, ce n'était pas la bonne... Quoi que, la taille semblait correspondre, et le bouquiniste avait l'air sérieux, normalement, elle n'aurait pas à s'en faire. Aussi, elle ne se posait pas trop de questions. La journée de cours, l'ambiance de la boutique, tout le monde autour d'elle et le brouhaha permanent la rendaient rêveuse, et elle ne faisait pas vraiment attention à ce qu'elle faisait. En sortant, elle avait failli rentrer dans deux personnes, et avait immédiatement rabattu son sac contre elle, ne voulant surtout pas abîmer son livre ! Elle l'avait rangé dans une poche spéciale, sécurisée en cas de choc, mais bon, mieux valait prendre le double de précaution. Contrairement à ce que pensaient certains humains, les livres représentaient une des plus grandes richesses sur terre, alors que leur argent ne les conduisait qu'à la ruine.

Obnubilée par ses pensées vagabondes, la jeune elfe bifurqua dans une petite rue, désireuse de quitter un peu le flot de badauds qui emplissait l'Allee. Le bruit devenait quand même un peu agaçant, et elle voulait garder les dernières onces de clarté de sa conscience pour réfléchir au calme. Mais bientôt, par-dessus le bruit des voix, ce fut un bruit de course qui se rapprocha, jusqu'à s'arrêter dans son dos. Hésitant à dégainer son poignard, elle fit volte-face, jetant un regard perçant et irrité à l'inconnu qui se tenait juste devant elle. Qui était donc cet humain qui établissait ainsi un contact brutal ?? L'homme se redressa de toute sa hauteur, la toisant d'un air peu commode.

▬ Vous n’avez pas le bon livre.

Rune afficha un air remarquablement perplexe, les liaisons de son cerveau fatigué n'ayant pas encore établi la connexion pour interpréter le message délivré. En face d'elle, l'inconnu se permit de continuer, ce qui lui évita la peine de réfléchir trop longtemps.

▬ Le bouquiniste que vous venez de quitter a commis une erreur et c’est ma commande que vous avez dans… votre sac.

Baissant les yeux sur le sac en question, il parut douter du bon état de son précieux livre. La jeune elfe, ayant enfin compris la situation, se détourna pour sortir l'objet de sa cachette. Ce sac étant hors du commun pour un milieu humain, elle n'avait aucune envie que n'importe qui vienne y jeter un coup d'oeil ! La poche était spécialement conçue pour laisser de la place au livre, avec des parois renforcées qui permettaient de ne pas l'abîmer. Mais un passant, de l'extérieur, aurait du mal à concevoir qu'un livre puisse rentrer là-dedans sans s'abîmer, elle pouvait le comprendre. Pourtant, elle en promenait au moins trois ou quatre dans sa sacoche elfique. Elle extirpa le livre et se retourna vers son interlocuteur, le visage neutre. Elle aurait dû penser à vérifier au lieu de partir comme ça, et se maudissait de son étourderie. Écartant doucement les pans du papier de soie pour jeter un coup d'oeil au titre, elle constata que ce n'était pas le livre de mythologie espérée, mais un recueil des oeuvres d'un certain Caroll. Comme l'avait dit l'humain, ce n'était pas sa commande... Retenant un lourd soupir d'exaspération, elle replaça le papier, avant de lever ses yeux de glace sur l'homme.

▬ En effet, je suis navrée, j'aurais dû regarder avant de partir. Ma commande est toujours chez le bouquiniste, je suppose ?

Sans attendre de réponse, elle remit le livre entre les mains de l'homme, fermement mais sans brusquerie, et le contourna pour retourner chez cet incapable de marchand de livres. Quel était ce pays où l'on pouvait faire des erreurs si facilement ?? C'était presque impardonnable, mais Rune tâcha de contenir sa frustration, il s'agissait de ne pas agresser le vendeur non plus. Il fallait rester discrète et posée, et juste faire comprendre son agacement par la force du regard et le ton glacial.

Revenant sur ses pas, elle entreprit de calmer ses nerfs sur la courte distance qui la séparait de ce bouquiniste de malheur. Elle devina au bruit de pas derrière elle que l'inconnu suivait, certainement désireux de mettre cette affaire au clair, ou autre, qu'importe ! Elle n'avait aucune envie de réfléchir à ce qui motivait cet homme. Dès le premier regard, elle avait vu qu'il avait quelque chose de différent des humains qui se promenaient tranquillement dans la rue, ou même de ceux qui sortaient des boutiques. Il y avait quelque chose de plus féroce dans son regard et son allure, qui allait presque jusqu'à l'intimider. Pourtant, elle n'était pas du genre à se laisser démonter facilement, elle avait déjà vu des monstres à l'apparence humaine, mais celui-là avec quelque chose de spécial dans sa manière d'être qui la mettait mal à l'aise...

Coupant court à ses réflexions, elle poussa la porte de la boutique, et marcha droit jusqu'au comptoir, l'air dur. Elle aurait aimé essayer de s'adoucir un peu, mais sa patience ne lui permettait pas d'être aimable aujourd'hui... Une fois face au petit bonhomme ridé, qui semblait se tasser face à l'aura négative qu'elle devait dégager, elle posa les mains sur le bois ciré, et tenta de moduler l'agressivité de sa voix.

▬ On m'a appris que vous aviez commis un léger impair, j'aimerais que vous me remettiez immédiatement ce qui m'est dû.

Si elle avait pu, elle aurait rajouté un "s'il vous plaît", mais ses lèvres étaient à présent pincées dans une mine d'entière désapprobation, et de toute façon, elle aurait été ridicule d'essayer d'être polie. Tapotant du bout des doigts sur le comptoir, elle regardait le vendeur s'affairait pour ramener le bon livre, et lui pris des mains pour vérifier le titre, au cas où. Dépliant le papier de soie, elle caressa le titre en relief, et laissa un échapper à nouveau un bref soupir. Les choses étaient enfin réglées... Maintenant, elle allait pouvoir rentrer étudier ce livre en toute sérénité, ou presque.

Serrant le livre contre elle, elle se retourna, et fit à nouveau face à cet homme étrange qui l'avait rattrapée. Maintenant qu'elle l'avait à nouveau sous les yeux, et avec la lumière tamisée de la boutique, il l'intriguait sérieusement... Elle aurait aimé en savoir un peu plus de son histoire, mais il était bien évidemment exclus de penser à ça. Une telle chose ne se produirait jamais, alors il était inutile de se tourmenter là-dessus. La jeune elfe baissa les yeux, se rendant compte qu'elle devait scruter l'inconnu depuis quelques secondes, ce qui n'était pas très poli, et qu'il ne devait sûrement pas apprécier. Prenant une courte inspiration, elle glissa quelques mots d'un ton neutre :

▬ Désolée pour le dérangement, si j'avais vérifié, il n'y aurait pas eu tout ce chahut.

Si cela ne tenait qu'à elle, la jeune fille se serait esquivée après ces quelques mots ; rester en face de cet homme sous son regard perturbant était déjà assez difficile, et elle n'aimait pas se répandre en excuses et lamentations. Mais comme toujours dans le monde des humains, la politesse était préférable pour agrémenter même les courtes relations, alors elle ajouta :

▬ Je vous souhaite une bonne journée.

Cette fois, elle fila dans les rayons, et s'empressa de sortir dans l'Allee. Une fois hors de la boutique, un curieux sentiment de soulagement s'empara d'elle. Elle se demanda s'il était dû à la récupération de son livre, ou bien au fait de ne plus être confrontée au regard de cet inconnu... Mais inutile d'y repenser, à présent il appartenait au passé. Reprenant son chemin, elle essayait de sortir de ses pensées l'image de cet homme mystérieux...

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Franz Brinkmann

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Mar 20 Nov - 18:02

Quelques infimes secondes passèrent mais Franz sentait déjà son impatience augmenter de manière significative. Il était prêt à arracher le sac de l’inconnue pour récupérer lui-même son bien quand elle se détourna légèrement de lui pour fouiller dans le capharnaüm que semblait être sa sacoche. Une nouvelle fois, Franz ne put s’empêcher de craindre pour l’intégrité de son livre bien-aimé. Ses poings se crispèrent, en partie dissimulés par les lourdes manches de son manteau. Fort heureusement, la jeune femme se retourna bien vite vers lui, sa précieuse édition entre les mains, encore enveloppée du délicat papier de soie du bouquiniste.

Alors que Franz bouillait d’envie d’enfin tenir sa commande, l’inconnue déplaça légèrement l’emballage fragile qui l’enveloppait et Franz put voir l’éclat doré des lettres composant le titre du recueil. Sa respiration s’arrêta le temps d’un instant. Il se retrouvait fasciné par le pouvoir d’Alice. Sa fascination lui fit même oublier d’être vexé que la jeune femme ne l’ait pas cru sur parole. Seul le livre comptait, désormais. Le papier de soie retrouva sa place et Franz sortit de sa transe pour tomber sur le regard aussi inamical que le sien de l’inconnue.

▬ En effet, je suis navrée, dit-elle, j'aurais dû regarder avant de partir. Ma commande est toujours chez le bouquiniste, je suppose ?

Il apprécia à peine ses excuses, ne voulant que son bien qui se trouvaient toujours entre ses mains, et le temps qu’il réfléchisse à la question qu’elle venait de lui poser, Alice était entre ses doigts et la jeune femme faisait demi-tour vers le vendeur fautif. Avec un temps de retard, il lui emboîta le pas, regrettant de ne pas pouvoir ouvrir sa mallette pour y ranger le livre immédiatement mais déterminé à acheter, à prix réduit, celui qui causerait le perte de Hanz. Après tout, même s’il avait retrouvé Alice, il méritait un dédommagement. Heureusement, d’ailleurs, qu’il avait pu mettre la main sur la jeune femme… Dans le cas contraire, le bouquiniste aurait eu beaucoup de mal à compenser cette perte.

Les gens étaient toujours aussi nombreux sur l’Allee mais c’est à peine si Franz les remarquait. La seule personne, excepté lui-même, qu’il percevait plus ou moins était celle avec qui l’imbroglio avait eu lieu. Maintenant que l’affaire était, au moins entre eux, réglée, il goûta sa réaction, estimant qu’elle s’était comportée de façon sensée et raisonnable. Même le fait qu’elle ne l’ait pas cru sur parole lui était pardonné : après tout, pourquoi faire confiance à un inconnu dans la rue ? Toutes à ces sympathiques pensées, fortes étranges pour lui, il se souvint ensuite de son regard froid. Comme il l’avait précédemment notifié, la dernière fois qu’il avait croisé de tels yeux, c’était quand il s’était regardé dans le miroir, le matin-même. Cette étrange coïncidence lui plut aussi. Cela ne voulait pas dire qu’il allait faire en sorte de sympathiser avec l’inconnue mais il restait satisfait qu’elle ait été celle avec qui l’affaire avait eu lieu.

La sérénité paraissait l’habiter, pourtant, il avait parfaitement conscience du fait qu’il changerait d’attitude dès qu’il se trouverait en face du bouquiniste. Après tout, ce dernier avait commis une grave faute professionnelle, il était normal qu’il en soit puni. Non ?

La porte du magasin réapparut à ses yeux, en partie dissimulée par la fine silhouette de l’inconnue, et il pénétra à sa suite dans la petite librairie. Retrouvant les restes d’une galanterie autrefois inculquée par ses parents, il laissa la jeune femme s’emporter en première sur le vieil homme, admirant de loin l’attitude de passive agressivité qu’elle avait et auquel celui à qui c’était destiné ne manquait rien. Il l’entendit réclamer son bien et sourit tout en feuilletant un livre quelconque qui avait attiré son attention par les couleurs de sa couverture. Le libraire ne refera pas de sitôt une erreur après les deux discours de reproches consécutifs qu’il se sera pris. Tant mieux, songea Franz en reposant à sa place le livre qu’il venait de déranger.

Au même moment, la jeune femme vérifiait que c’était bel et bien le bon ouvrage qui venait de lui être remis. Un instant, par pur goût du jeu, Franz songea à ce qu’il se passerait si ce n’était toujours pas le bon… Il y aurait sûrement des cris, des menaces… Rien de bien grave mais plein de choses plutôt divertissantes. En effet, alors même qu’il affectionnait la solitude, Franz ne pouvait s’empêcher d’apprécier le ballet des relations humaines qu’il observait depuis sa bulle de glace. Surtout quand ces relations reflétaient tout ce que l’Homme a de plus mauvais en lui. Malheureusement pour son côté voyeur, nulle nouvelle erreur n’avait été commise et l’inconnue se retourna vers lui, l’ouvrage pressé contre sa poitrine. Elle s’immobilisa, son regard perçant se fichant sur lui comme une flèche et il se demanda ce qu’il lui arrivait tout en lui rendant son observation.

Leur lien visuel se rompit brusquement. Changeant d’attitude, la brune venait de baisser le regard vers le sol. Légèrement décontenancé, Franz observa à son tour le vieux parquet du magasin sans rien trouver de bien probant. Il était sur le point de demander à la jeune femme si tout allait bien quand elle lui adressa quelques mots surprenants :

▬ Désolée pour le dérangement, si j'avais vérifié, il n'y aurait pas eu tout ce chahut.

Si ses souvenirs étaient bons, elle s’était déjà excusée précédemment. Pourquoi, alors, insister là-dessus ? Pour lui, l’affaire était classée. Ce n’était pas elle, la fautive. Celui qui allait devoir lui offrir réparation était le petit homme pathétique qui les observait de derrière son comptoir de contes de fées. Néanmoins, il n’eut pas le temps de trouver l’envie de lui expliquer cela que, déjà, elle prenait congé en lui souhaitant de passer une bonne journée. Malgré lui, Franz esquissa un sourire. La journée était sur le point de s’achever… Mais après tout, pourquoi ne pas souhaiter que les quelques heures qui lui restaient soient bonnes ?

♀♣☼♦♂

Le libraire lui avait offert soixante-quinze pourcents de réduction sur son second achat. Hanz avait perdu quinze points de statut tandis que lui en avait gagné quarante-cinq… La jeune inconnue que Franz avait croisé tout à l’heure avait eu raison de lui souhaiter une bonne journée à seize heures passées.

Installé dans l’un des confortables fauteuils d’un bookcoffeeshop, il se sentait presque aussi bien que lors de ses longs voyages en Scandinavie, dans ces contrées aussi neigeuses qu’isolées. Une tasse de chocolat chaud fumait sur un guéridon près de lui et il avait ressorti une édition banale de De l’autre côté du miroir, de crainte d’abîmer ses préférées en les amenant à l’extérieur de l’environnement stérilisé de son appartement. Avant ça, il avait eu le temps de rapidement parcourir son nouvel achat et ne pouvait que se féliciter de le posséder. Les dessins faisaient parties des plus magnifiques qu’il eut jamais vus. Il regrettait amèrement de ne pas pouvoir mettre la main sur ce Mad qui les avait toutes signées de ce pseudonyme qui ne menait à rien. Même la maison d’édition du livre, fondée il y avait plus de trois cents ans et dont le siège social se trouvait près de Lublin, en Pologne, n’avait rien pu lui dire sur Mad. Mais le pire restait la sensation diffuse qu’il avait de déjà avoir vu son coup de crayon quelque part…

Abandonnant son énième relecture pour repenser au nouveau problème que les illustrations représentaient, Franz laissa son regard errer jusqu’au plafond lambrissé du bookcoffeeshop. Le décor était fait de telle manière qu’il donnait l’impression à quiconque s’y insérant qu’il se trouvait dans un chalet alpin. Environnement qui rendait plus que favorable la réflexion de Franz.

Les grelots annonçant l’arrivée d’un nouveau client tintèrent soudain et le regard du jeune homme dériva machinalement vers la porte pour se poser sur une silhouette qui ne lui était plus inconnue depuis quelques heures. Devant lui, à quelques mètres derrière deux fauteuils, la femme anonyme de l’après-midi se tenait là, son sac toujours sur les épaules et son regard bleuté parcourant la salle sans donner l’impression de chercher quelque chose. Il passa sur lui et, sans réfléchir, Franz leva la main pour attirer son attention. Quelques secondes passèrent puis elle s’avança vers lui, l’air de l’avoir reconnu mais de se demander ce qu’il pouvait bien lui vouloir. Il se posait la question également quand la lumière se fit dans son esprit : il était naturel qu’il ait eu l’impression d’avoir déjà vu les dessins de Mad quelque part puisque, s’il ne se trompait pas, l’artiste inconnu avait aussi illustré le livre acheté par la jeune brune.

Rassuré quant à sa santé mentale, il débarrassa le siège en face de lui de son manteau qu’il accrocha derrière son propre fauteuil et invita sa vis-à-vis à s’asseoir :

▬ M’autorisez-vous à vous offrir un chocolat, si vous n’avez rien prévu de particulier ? J’aimerais beaucoup parler littérature avec vous, dit-il d’une voix de velours en l’observant tranquillement. D’autant plus que j’ai à vous remercier de votre souhait poli quant à ma journée puisqu’il se trouve qu’il a été exaucé : elle s’est terminée en beauté, ajouta-t-il en souriant avec un contentement évident.
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Rune Draconis

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Dim 2 Déc - 15:59

Les rues et les passants défilaient devant ses yeux sans qu'Aryana y prête grande attention. Toute sa concentration était portée sur le volume du livre qu'elle sentait contre sa hanche, en sécurité dans son sac. Depuis le temps qu'elle attendait de l'avoir, elle était pressée d'enfin rentrer chez elle pour pouvoir l'étudier. Tous ses espoirs pour en apprendre plus sur les éventuelles créatures vivant parmi les humains étaient fondés sur cet ouvrage. Bien sûr, elle essayait de relativiser la chose ; certes, elle avait eu du mal à trouver le livre, il était introuvable car écrit par un auteur inconnu disparu il y a de ça plusieurs siècles, mais peut-être se révélerait-il aussi incapable de la renseigner que tous les autres. Si c'était réellement le cas, elle serait terriblement déçue, et craignait de n'avoir plus aucune piste à fouiller pour remédier à son problème. Sinon...

Dans ses poches, ses mains se crispaient, serrant ses doigts fins qui n'en pouvaient plus de ne pas encore pouvoir parcourir les fines pages du volume. Le trajet du retour ne lui avait jamais paru aussi long... Et encore, elle n'était pas arrivée. Prenant à peine garde aux personnes qui s'écartaient sur son passage, elle avançait rapidement, essayant d'oublier une douleur qui lui lançait dans le mollet. Le rappel d'une ancienne blessure faite chez elle... Comme quoi les souvenirs de son ancien pays pouvaient se retrouver partout. Le regard fixé droit devant elle, la jeune elfe aurait aimé se mettre à courir pour arriver plus vite, mais malheureusement, ce n'était pas admis comme politiquement correct chez les humains, aussi elle rongeait son frein en faisant de longues enjambées, qui devaient déjà la faire passer pour une excentrique pressée.

Enfin, elle put passer la porte de son appartement, et pousser un grand soupir de satisfaction. En passant devant le miroir du couloir, elle put apprécier ses yeux brillants à cause du froid, ainsi que ses joues rougies et son air échevelé. Qu'importe, ce n'était vraiment pas le plus important. Enlevant à la hâte son manteau et ses bottes, elle courut presque se blottir dans le canapé, son sac contre sa poitrine. Une fois installée, elle extirpa le livre de sa cachette, et le posa sur ses genoux. L'instant qu'elle attendait tant était enfin venu. Dépliant avec moult précautions le papier de soie, elle détailla quelques minutes le précieux ouvrage entre ses mains. Il avait effectivement l'air ancien, mais s'était plutôt bien conservé, à son grand soulagement. L'odeur qui en émanait était à la fois douce et un peu âpre, et la reliure montrait plusieurs signes d'usure, certainement dus à sa fréquente utilisation.

Prenant une grande inspiration, Aryana ouvrit le livre ; ses yeux s'écarquillèrent, et elle marqua un instant de stupeur.


- ♠ - ♠ -


La rue, de nouveau. Et toujours ces passants idiots qui stagnent au milieu du passage. N'hésitant pas à bousculer certaines personnes quand elle n'avait pas la place de passer, et aucune envie de demander poliment de se pousser, Aryana marchait à pas rapides vers un endroit qu'elle affectionnait tout particulièrement : le bookcoffeeshop. Un endroit très bien aménagé et agréable pour se poser dans une ambiance plutôt calme et cosy. Et en cet instant, elle en avait particulièrement besoin, pour remettre un peu d'ordre dans ses idées.

La lecture de son livre de mythologie lui avait révélé l'existence de beaucoup de créatures, pendant les quelques instants qu'elle avait pris pour l'étudier. Et elle avait dû reconnaître que la race elfique était tout de même une des plus répandues et presque "banales" dans l'imaginaire humain, elle qui préférait se vanter de la spécificité de ses origines... Mais ce qui la perturbait plus, c'était la découverte d'une multitude d'autres races qui pouvait se dissimuler aisément parmi la population humaine... Cette nouvelle lui avait mit les nerfs en pelotes, et elle était devenu tout à coup très suspicieuse. Peut-être pouvait elle être facilement identifiable aux yeux de ces créatures comme une elfe recherchée, et du coup son infiltration chez les humains n'aurait servi à rien, s'il s'avérait qu'elle était trahie et rapatriée chez elle...

Mais ce qui l'avait vraiment bouleversé, c'était l'illustration sur la première page. Ces traits, cette manière de dessiner... Aucun doute là-dessus, c'était le coup de crayon de Mad. Mad... Depuis combien de temps ne l'avait-elle pas vu ? Il avait lui aussi participé à la révolte, et depuis la dissolution du groupe, elle n'avait eu aucune nouvelle... En réalité, elle n'avait de nouvelles de personne. Malgré cela, elle espérait que chacun d'eux ait trouvé une situation stable, comme la sienne... Elle secoua la tête. Décidément, ce livre n'avait pas fini de lui apporter des surprises ! Malgré son envie de continuer à l'étudier, pour le moment, elle préférait se remettre de sa découverte et aller passer un peu de temps au bookcoffeeshop. Elle apercevait déjà son enseigne, et en s'approchant, elle commença à oublier ses sombres idées, tâchant de rester d'humeur sereine. Il était parfois difficile de rester de marbre face à tout...

Aryana poussa la porte, et la clochette retentit. Jetant un regard désintéressé pour évaluer le taux d'humains présents, elle constata qu'à cette heure-ci, il n'y avait pas beaucoup de monde. Tant mieux, elle préférait avoir un minimum de calme pour mettre de l'ordre dans son esprit. Mais alors qu'elle finissait de faire un tour complet de la salle, quelque chose attira son attention, et ses yeux se posèrent sur un visage qui allait finir par devenir familier... Non sans surprise, elle reconnut l'homme avec qui elle avait eu une petite erreur de transaction cette après-midi même, et le voyant lever la main vers elle, finit par s'avancer vers lui, saisissant la bretelle de son sac dans son poing serré. Que pouvait-il bien lui vouloir ? Et pourquoi le hasard avait-il fait qu'ils se rencontrent à nouveau ? A ce rythme, elle allait bientôt voir l'inconnue du métro débouler... Mais alors peut-être en saurait-elle plus sur sa nature.

Alors qu'elle approchait, l'homme ôta son manteau du siège en face de lui, et elle y prit place, de plus en plus intriguée par cet étrange manège. Ce qui la choquait presque, c'était le changement d'humeur radical qui s'était opéré chez lui... Il avait l'air bien plus détendu et serein que lors de leur première rencontre, mais finalement, il était logique qu'il se soit montré si irrité au début. Elle posa son sac à ses pieds et accrocha à son tour son manteau derrière elle, sentant son coeur tambouriner dans sa poitrine jusque dans les veines de ses poignets. Le droit lui procurait une sensation assez étrange, et elle n'aurait su expliquer pourquoi... Toujours est-il que l'homme lui adressa rapidement la parole.

M’autorisez-vous à vous offrir un chocolat, si vous n’avez rien prévu de particulier ? J’aimerais beaucoup parler littérature avec vous.

La jeune elfe était presque captivée par le timbre qu'il utilisait, et aurait difficilement pu refuser son offre, d'autant plus qu'elle était venu dans le but de justement acquérir un chocolat. Mais cet homme éveillait de plus en plus sa curiosité ; pourquoi se montrer si différent et avoir envie de causer littérature avec elle, qui n'était qu'une presque parfaite inconnue ?

D’autant plus que j’ai à vous remercier de votre souhait poli quant à ma journée puisqu’il se trouve qu’il a été exaucé : elle s’est terminée en beauté.

Respirant profondément, Aryana calma les battements de son coeur, écoutant avec attention son étrange interlocuteur. Il était réellement surprenant, jamais elle n'aurait cru voir un sourire de cet acabit apparaître sur son visage de marbre. Enfin, tant mieux pour lui s'il pouvait être satisfait de quelque chose, et tant mieux si sa journée s'était achevée comme il le voulait. Esquissant un sourire poli, mais relativement distant, la jeune brune plongea ses yeux glacés dans ceux, presque identiques, de l'homme. Elle ne voulait pas se montrer insolente, mais restait méfiante face au comportement de l'inconnu. C'était dans sa nature de prendre garde aux humains et autres créatures, de toute façon...

Prendre un chocolat était tout ce que j'avais prévu en venant ici, aussi j'accepte votre offre, répondit-elle. Clignant des yeux, elle tâcha de rassembler ses idées pour répondre à la demande de son interlocuteur ; parler de littérature n'était vraiment pas son fort, elle ne connaissait pas grand-chose aux livres humains, mais comment lui expliquer ça... Si tel est votre choix de discussion, j'essaierai de vous satisfaire, mais je préfère vous prévenir à l'avance, mes connaissances en littérature ne sont pas très développées.

Son intuition lui soufflait que ce n'était pas le cas pour l'inconnu. Il avait l'air parfaitement calé dans le domaine des livres ; cette idée était motivée par l'observation discrète qu'elle avait mené sur sa personne : sa manière de saisir les livres, de les regarder, l'importance qu'il semblait y attacher... Tout cela indiquait certainement un professionnel, et, sans pouvoir l'expliquer, la jeune fille se sentait intimidée devant lui. Peut-être à cause de ses connaissances, ou simplement de son allure parfois glaciale...

Si mon souhait à pu contribuer à rendre votre fin de journée meilleure, j'en suis ravie. Je devrais songer à l'utiliser plus souvent.

Le sourire d'Aryana s'élargit quelques instants, puis redevint plus neutre. Il lui tardait de savoir quel sujet allait bien pouvoir aborder l'homme. Connaître son nom serait déjà une belle avancée...

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Franz Brinkmann

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Dim 2 Déc - 17:29

La jeune femme paraissait totalement déconcertée et Franz s’en trouva autant satisfait qu’ennuyé. Il était content de voir qu’il avait un léger pouvoir sur elle mais ne voulait pas perdre du temps à la rassurer. Ce dont il avait envie, c’était de directement attaquer, maintenant qu’elle se trouvait à sa portée et qu’il savait ce qu’il devait lui demander. Prenant son mal en patience, il continua à l’observer, dans l’attente d’une réponse. Prélude pressenti, un sourire mondain lui fut offert, sans parvenir à dissimuler le malaise de son hôtesse, puis celle-ci relia leurs regards. Glace et glace se retrouvèrent mais deux icebergs distincts restèrent. Franz ne put empêcher une lueur d’étonnement d’apparaître sur son visage, matérialisée par un élégant haussement de sourcil qui s’effaça rapidement. Si elle préférait l’affronter de front, et bien soit. Qu’elle le fasse. Cela lui était strictement égal tant qu’elle consentait à lui répondre.

▬ Prendre un chocolat était tout ce que j'avais prévu en venant ici, aussi j'accepte votre offre, dit-elle, une fois leurs regards convenablement rivés l’un à l’autre.

Pourtant, à peine eut-elle fini de parler, qu’elle fit s’échapper le sien, le temps d’un instant. Les sourcils de Franz se froncèrent. L’avait-il à ce point déstabilisée pour qu’elle ne sache plus que vouloir ? C’était surprenant. Il l’aurait davantage vue effarouchée lorsqu’il s’était montré si peu galant, en la rencontrant. Pas maintenant, alors qu’il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour être un homme relativement cordial. Mais elle avait déjà agi un peu étrangement, précédemment, quand elle s’était de nouveau excusée avant de partir… Et ce besoin de relier leurs regards s’était également déjà manifesté. A son tour troublé par ces informations qu’il ne parvenait pas à ordonner, Franz accueillit avec soulagement la suite de ce qu’elle disait : Si tel est votre choix de discussion, j'essaierai de vous satisfaire, mais je préfère vous prévenir à l'avance, mes connaissances en littérature ne sont pas très développées.

Il se retint de justesse de lever les yeux au ciel. Après tout, elle ne pouvait pas savoir que quand il disait J’aimerais beaucoup parler littérature avec vous, cela voulait en réalité dire : j’aimerais beaucoup que vous consentiez à répondre aux questions que je vais vous poser sous couvert de la littérature. De plus, qu’elle ne sache pas grand-chose au sujet de cette dernière était, en fait, un réel avantage. Il pourrait orienter la conversation comme bon lui semblait et en finir aussi rapidement que cela lui était possible. Peut-être même, s’il était bon, parviendrait-il à faire concorder la fin de leur discussion avec la fin de son chocolat chaud… Le challenge en tête, il continua à la regarder calmement tandis qu’elle finissait de lui répondre :

▬ Si mon souhait à pu contribuer à rendre votre fin de journée meilleure, j'en suis ravie. Je devrais songer à l'utiliser plus souvent.

Il répondit au sourire élargi qui s’imprima le temps d’un soupir sur son visage puis fit signe à un serveur qui passait près d’eux d’apporter un chocolat chaud à la charmante demoiselle qui lui faisait honneur de sa présence. Employer la flatterie quand il se trouvait détendu et en position d’avoir ce qu’il convoitait était l’une des choses qu’il affectionnait sincèrement. C’était comme une douce concession qu’il offrait à son adversaire pour panser ses blessures…

▬ Si je puis me permettre un conseil, utilisez-le seulement pour les gens qui en valent la peine, répondit-il, une fois le serveur parti, en ayant parfaitement conscience que sa phrase impliquait que lui-même avait ce mérite. Et ne vous inquiétez pas, enchaîna-t-il de suite sans se départir de son parler de velours, votre méconnaissance scientifique de la littérature ne fera que davantage apporter à notre discussion puisque, voyez-vous, je me trouve être ce que l’on pourrait appeler un ‘habitué du domaine’. D’ailleurs, s’exclama-t-il en se redressant sur son fauteuil pour lui tendre la main, je m’appelle Franz. Franz Brinkmann. Excusez-moi d’avoir mis tant de temps à me présenter, mademoiselle… ?

Son sourire satisfait ayant évolué vers un sourire plus spontané, il sentit la main fraîche de son interlocutrice rejoindre la sienne et fut fasciné par le gracieux mouvement qui en résulta. Il avait l’impression qu’elle sortait tout droit de l’une des illustrations de Mad. Se pinçant légèrement avec sa main libre, il garda son sourire mais s’efforça de faire sortir de sa tête cette idée absurde. Comme si la jeune brune avait pu avoir ce statut pratiquement inhumain qui enrobait chacun des personnages de l’illustrateur… Vraiment, c’était ridicule.
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Rune Draconis

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Dim 2 Déc - 18:26

Plus les secondes passaient, plus Rune regrettait d'avoir accepté de venir à la rencontre de cet homme. Non pas que son malaise en sa présence prenait le dessus, au contraire, elle commençait à comprendre comment il fonctionnait, et à cerner son caractère, un personnage fort imbu de lui-même en apparence. C'était justement son caractère qui la dérangeait un tantinet. En ce moment, elle avait du mal à coller au profil d'Aryana, la gentille petite humaine sans histoire. Se sachant en présence d'autres créatures, c'était son côté elfique qui prenait le dessus, dans le but d'être prête à se défendre en cas d'attaque. Seulement, comme en ce moment elle faisait aussi de plus en plus de rencontres étranges, elle devait se montrer un minimum sociable, ce qui coïncidait difficilement avec son caractère d'elfe presque sauvage. Pourquoi le hasard s'amusait-il à la mettre dans de telles situations ?

De toute évidence, l'homme en face d'elle n'était pas n'importe qui, et il en avait parfaitement conscience. Ce qui ressortait le plus aux yeux de Rune, c'était son assurance froide, calculatrice, et c'était aussi ce qui le rendait intimidant. Il avait l'air d'un homme capable de tout pour parvenir à ses fins, et en ça, il lui rappelait un peu le tyran qui avait pris possession du royaume elfique. Cela gâchait de toute évidence le portrait qu'elle pouvait se faire de lui, mais là n'était pas le sujet actuel. Face à lui, elle ne devait pas se montrer décontenancée, au risque de se faire marcher dessus. Elle se redressa lentement, et posa calmement son regard dans celui de l'homme. Fais comme si c'était un monsieur-tout-le-monde. Cela allait se révéler difficile vu la complexité du caractère de son interlocuteur, mais il faudrait faire avec... S'adapter sans se laisser démonter.

Un serveur passa, et l'inconnu lui commanda un chocolat, avec les bonnes manières et les mots élégants qu'il semblait savoir manier à la perfection. Rune ne cilla pas, se contentant d'un sourire poli. Elle se moquait bien de savoir s'il en pensait la moitié ou pas le moindre mot, si elle voulait des compliments, elle savait s'en faire offrir. Mais si cela pouvait contribuer au bon déroulement de la conversation, elle accepterait les marques de flatterie.

Si je puis me permettre un conseil, utilisez-le seulement pour les gens qui en valent la peine, répliqua-t-il alors que le serveur s'éloignait. Et ne vous inquiétez pas, enchaîna-t-il immédiatement, votre méconnaissance scientifique de la littérature ne fera que davantage apporter à notre discussion puisque, voyez-vous, je me trouve être ce que l’on pourrait appeler un ‘habitué du domaine’. La jeune elfe plissa très légèrement les yeux à cette remarque ; ça, elle l'avait déjà remarqué. D’ailleurs, s’exclama-t-il en se redressant sur son fauteuil pour lui tendre la main, je m’appelle Franz. Franz Brinkmann. Excusez-moi d’avoir mis tant de temps à me présenter, mademoiselle… ?

Se redressant à son tour, Rune lui tendit sa main dans un mouvement élégant, comme elle avait l'habitude de le faire chez elle. Ici, les occasions se faisaient plus rares, et elle devait parfois se forcer à adopter une démarche plus raide pour ne pas faire se retourner tous les regards sur elle, ce qui était particulièrement désagréable. En face d'elle, Franz sembla s'intéresser à ce mouvement, mais croyant avoir rêvé, elle ne s'attarda pas sur ce détail. Un humain ne ferait pas attention à un geste ordinaire comme celui-là...

Comptez sur moi pour l'appliquer comme il se doit, répondit-elle, esquissant toujours son sourire de politesse. Elle préféra ne pas relever les phrases précédant la présentation de M. Brinkmann, se contentant de se présenter à son tour. Aryana Livingstein, enchantée. Croisant les jambes, elle remercia à voix basse le serveur qui venait d'amener une tasse de chocolat brûlant devant elle, puis releva les yeux vers son interlocuteur. Alors, en quoi puis-je répondre à vos attentes littéraires, monsieur ?

Attendant que sa boisson refroidisse, elle planta fermement son regard dans celui de Franz. A présent, elle était curieuse de savoir en quoi elle pourrait lui être utile, et attendait impatiemment qu'il entame dans le vif du sujet. Appuyée contre le dossier, elle le regardait avec neutralité, ses mains posées sur ses cuisses. Machinalement, elle avait glissé son pouce gauche dans sa manche droite, et caressait son poignet, le souvenir de Mad traînant encore dans ses pensées.

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Franz Brinkmann

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Mer 9 Jan - 22:35

Comptez sur moi pour l'appliquer comme il se doit, dit-elle, sans se départir de son sourire. Franz fut satisfait de sa réponse : il appréciait quand les gens se pliaient d’instinct à ses directives. Sa satisfaction se trouva toutefois émaillée par le fait que la jeune femme ne s’intéressa pas à son métier ; préférant, à la place, se présenter : Aryana Livingstein, enchantée.

Une lueur de curiosité naquit dans le regard de Franz. Le nom sonnait étrangement à ses oreilles, du fait du métissage dont il était le fruit. L’histoire familiale d’Aryana devait certainement être intéressante pour qu’il en soit arrivé là. Il n’eut pas le temps de le demander puisque, déjà, le chocolat chaud qu’il avait commandé approchait, porté par le serveur qui l’avait lui-même servi, plusieurs minutes auparavant. Les yeux fixés sur la jeune femme, il attendit qu’elle lève les siens de sa boisson pour lui demander de quel endroit exactement sa famille venait mais, lorsqu’elle accéda à sa requête, ce fut pour reprendre aussitôt la parole :

Alors, en quoi puis-je répondre à vos attentes littéraires, monsieur ?

Le désarroi qu’avait ressenti Franz en constatant qu’elle lui coupait verbalement l’herbe sous les pieds disparut aussitôt au profit d’une nouvelle vague de contentement. Elle allait droit au but, c’était parfait. Il n’avait jamais apprécié les mondanités et était toujours content de pouvoir les éviter autant que faire se pouvait. Malheureusement, dans son milieu socioprofessionnel, l’un des seuls moyens pour cela était de faire l’ermite et il ne pouvait se le permettre trop longtemps.

▬ Appelez-moi Franz, je vous en prie. Cet endroit n’invite pas au formalisme, ajouta-t-il en désignant le café autour d’eux d’un ample geste de la main. Du moins, en ce qui me concerne.

Il lui offrit un nouveau sourire, soutenant le regard franc qu’elle lui opposait, sans difficulté. Elle ne paraissait pas le moins du monde détendue, en dépit du fait qu’elle était normalement appuyée à son dossier, et il se demanda pourquoi. La façon dont elle le regardait lui suggérait que ce n’était pas à cause de lui, aussi devait-ce être une raison personnelle. Le genre de raison qui pousse une jeune femme qui ne devait pas avoir plus de vingt ans à traîner dans un bookcoffeeshop pensé pour des gens âgés d’au moins dix ans de plus. Le genre de raison qui peut expliquer un nom métissé atypique. Franz sentait pourtant que ce nom n’était pas si particulier que cela mais il n’eut pas le temps de creuser davantage la question parce que le silence qu’il avait laissé s’installer allait commencer à devenir gênant.

▬ Je suppose que vous vous souvenez du livre que vous avez acheté cet après-midi, reprit-il ainsi rapidement.

Aucune réaction n’apparut sur le visage de la brune. Il hocha brièvement la tête à sa propre attention et poursuivit :

▬ Il se trouve que les dessins qui s’y trouvent sont de véritables merveilles.

Il tendit la main vers son chocolat chaud toujours posé sur le guéridon près de lui, tout à côté de son exemple de De l’Autre Côté du Miroir, et le ramena vers lui tandis qu’il continuait de parler :

▬ Je ne compte pas vous demander de vous le racheter, loin de là. J’aimerais simplement savoir si ce sont ces illustrations qui vous ont poussée à l’acheter et si tel est le cas, si vous auriez l’obligeance de me donner les références du livre dans lequel vous auriez déjà vu les travaux de cet artiste. (Il prit une gorgée de chocolat.) Je crois qu’il s’appelle Mad mais je ne sais pas s’il s’agit de son pseudonyme, d’un diminutif ou, tout simplement, de son nom tel quel. (Une trace de lait chocolatée décorait sa lèvre supérieure mais il fit mine de ne pas s’en apercevoir. Plus il semblerait ridicule à son interlocutrice, moins elle se méfierait de lui.) Je ne suis pas très calé dans le domaine de l’iconographie. Moi, ce que je préfère, ce sont, comme je vous l’ai dit, les textes… Mais, voyez-vous, j’ai une compagne qui elle, au contraire, raffole des belles illustrations et il se trouve qu’elle possède une gravure réalisée par Mad. Elle m’assure d’ailleurs régulièrement qu’il s’agit de son bien le plus précieux au monde… Alors, si je parvenais à lui trouver un autre travail de cet artiste, vous imaginez sa joie.

Il ponctua sa dernière phrase d’un aimable sourire et attrapa une serviette en papier pour essuyer la mousse du chocolat avant de s’excuser du spectacle qu’il avait dû donner. L’autosatisfaction était une nouvelle fois très présente en lui, à ce moment-là, notamment grâce à la réparation d’égo qu’il avait fait en utilisant le non-rebond de la jeune femme sur son métier comme arme dans son approche. Il fit toutefois attention à ce que ce ne soit pas visible pour éviter de ruiner l’effet qu’il essayait de donner. Se voir être piégé par sa propre expression faciale qui aurait exprimé, un petit peu trop tôt, son succès lui aurait été absolument intolérable. Encore plus qu'avoir réellement une compagne passionnée d'iconographies puisque, dans ce second cas, il aurait pu se débarrasser d'elle d'une simple phrase de rupture.

Reprenant une gorgée de son breuvage chocolaté, il réfléchit aux options qui se présenteraient à lui dès qu'Aryana lui aurait répondu. Si elle lui fournissait directement les informations qu'il désirait, il s'arrangerait pour lui fausser compagnie de suite après. Si elle disait ne rien connaître d'autre de Mad, il ferait en sorte de vérifier discrètement cela en posant d'autres questions. Si elle ne se souvenait plus de la façon dont elle avait connu Mad, il se retiendrait de l'étrangler.

Ils étaient dans un lieu public, après tout.
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Rune Draconis

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Mar 26 Fév - 14:44

Appelez-moi Franz, je vous en prie. Cet endroit n’invite pas au formalisme. Du moins, en ce qui me concerne.

Aryana répondit par un sourire poli et un léger signe de tête. L'homme en face d'elle n'avait nullement l'air du genre impressionnable, et semblait au contraire connaître le rôle qu'il avait à jouer sur le bout des doigts. Il lui apparaissait un peu comme quelqu'un de manipulateur, ou de prêt à tout pour que la pièce se déroule comme il le souhaitait. Cette impression lui venait des différents attitudes qu'elle avait observé chez lui, et qui se révélaient assez exceptionnelles du fait de leur diversité. En le croisant la première fois dans la boutique du bouquiniste, la jeune fille n'aurait jamais imaginé, ne serait-ce une seule seconde, de se retrouver à partager un chocolat chaud avec lui dans la même après-midi. S'il s'avérait qu'il affectionne ce café, elle allait peut-être songer à en trouver un autre pour ses lectures de fins d'après-midi... Bien qu'il se montrât tout à fait aimable et poli en apparence, elle n'avait que l'image du serpent prêt à mordre en tête, et cela lui donnait des frissons dans le dos malgré la chaleur douillette du salon. Pour en finir au plus vite, elle se dit qu'elle n'avait qu'à jouer le jeu avec lui, et tâcher d'en finir au plus vite, en essayant de le satisfaire. De toute façon, il semblait que c'était le seul moyen de régler une affaire avec lui... En face d'elle, Franz reprit :

Je suppose que vous vous souvenez du livre que vous avez acheté cet après-midi. Aryana ne prit pas la peine d’acquiescer, ils connaissaient tous les deux la réponse. Il se trouve que les dessins qui s’y trouvent sont de véritables merveilles.

L'intérêt de la jeune elfe se trouva titillé par cette remarque. Elle sentait venir un sujet épineux, mais tâcha de ne rien laisser paraître et continua d'afficher une expression de marbre, figée dans un sourire poli et attentif. Seuls les mouvements de son pouce contre son poignet se firent un peu plus rapides, alors qu'elle attendait que son interlocuteur reprenne. Celui-ci, saisissant son chocolat, ne tarda pas à poursuivre sur sa lancée :

Je ne compte pas vous demander de vous le racheter, loin de là. Encore heureux, se dit-elle. J’aimerais simplement savoir si ce sont ces illustrations qui vous ont poussée à l’acheter et si tel est le cas, si vous auriez l’obligeance de me donner les références du livre dans lequel vous auriez déjà vu les travaux de cet artiste. Il s'arrêta pour boire une gorgée de chocolat, alors que la jeune fille commençait à sentir les battements de son coeur accélérer, sans pour autant laisser voir son trouble naissant. Je crois qu’il s’appelle Mad mais je ne sais pas s’il s’agit de son pseudonyme, d’un diminutif ou, tout simplement, de son nom tel quel. Une marque de mousse chocolatée vint orner sa lèvre supérieure, et Aryana se demanda s'il faisait exprès de la laisser ou s'il ne s'en était pas rendu compte. Elle se sentit déconcertée à l'idée que même ce simple geste ait pu faire l'office d'une mûre réflexion, visant à avoir une incidence sur son propre comportement. Je ne suis pas très calé dans le domaine de l’iconographie. Moi, ce que je préfère, ce sont, comme je vous l’ai dit, les textes… Mais, voyez-vous, j’ai une compagne qui elle, au contraire, raffole des belles illustrations et il se trouve qu’elle possède une gravure réalisée par Mad. Elle m’assure d’ailleurs régulièrement qu’il s’agit de son bien le plus précieux au monde… Alors, si je parvenais à lui trouver un autre travail de cet artiste, vous imaginez sa joie.

L'elfe eut du mal à imaginer une compagne à un tel homme mais elle préféra ne pas trop s'avancer sur le sujet. Après tout, elle ne pouvait pas non plus le juger trop rapidement. Peut-être qu'il existait quelqu'un dans le monde d'assez fou pour supporter cet individu. Celui-ci finit par ôter sa moustache en chocolat avec une serviette, gratifiant la jeune fille d'un sourire aimable. Pendant ce temps, la troisième guerre mondiale avait éclaté dans sa tête, et elle réfléchissait à vive allure pour fournir une réponse satisfaisante à Franz. Elle devait rapidement trouver de quoi apaiser sa curiosité sans plomber sa couverture. Affichant toujours son masque de glace, elle rendit un sourire charmant à son interlocuteur avant de répondre :

Quel talent d'observation. Evidemment, la flatterie n'était qu'un moyen provisoire de détourner l'attention de l'homme et gagner un peu de temps, mais c'était toujours ça de pris. Effectivement, le livre que j'ai acheté à été brillamment illustré par Mad, et je dois avouer que je suis étonnée que vous le connaissiez, rares sont ceux qui peuvent profiter de la vue de ses oeuvres.

Elle se pencha à son tour pour saisir son chocolat et en but une gorgée, ce qui eut pour effet d'apaiser un peu son tumulte intérieur. Ses idées commençaient à se clarifier, et son angoisse même était en train de chuter. Bien que cet humain ait repéré le talent de son ami, il ne pouvait en aucun cas supposer l'existence du monde elfique derrière ses illustrations. Personne de ce monde le pouvait. Du coup, elle avait plutôt intérêt à recouvrer son calme, sinon ce serait par sa faute que le pire pourrait arriver. Reposant avec sérénité et délicatesse sa tasse sur son assiette, elle releva les yeux vers Franz, essuyant ses lèvres avant de lui retourner son sourire.

En réalité, je n'avais pas commandé cet ouvrage pour les illustrations, j'ai eu la très agréable surprise de les trouver dedans lorsque je l'ai feuilleté pour la première fois. Mais je connaissais déjà cet artiste, pour avoir admiré certaines de ses gravures dans un musée, lors d'une exposition sur les mythes et légendes. C'était il y a un an ou deux si je me souviens bien.

La jeune elfe se redressa et s'installa plus confortablement contre son dossier. Elle commençait à se sentir plus détendue, surtout elle commençait à sentir qu'elle se détachait un peu du rôle de « victime » que l'homme en face d'elle essayait de lui imposer. Après avoir jeté un bref coup d'oeil sur son poignet droit, ses yeux de glace rencontrèrent à nouveau ceux identiques de Franz, et elle reprit son petit sourire poli.

Pour ce qui est de son identité propre, je ne pourrais malheureusement pas vous en dire plus. Même lors de l'exposition, les animateurs ont été incapables de le présenter correctement. A croire qu'il aime cultiver le mystère autour de sa personne. Aryana haussa légèrement les épaules, avec un air qui disait presque « Dommage ! », puis sa main saisit de nouveau la tasse de chocolat dans un geste gracieux, et elle poursuivit : Puis-je savoir quel est le thème de la gravure de votre compagne ?

Portant le doux breuvage à ses lèvres, elle but une gorgée, et reposa la tasse vide. Voilà qui ferait une bonne raison de plus pour couper court à l'entretien, maintenant que les réserves étaient à sec. De toute façon, elle ne pourrait rien lui dire de plus, même s'il ne le savait pas ; il ne devait d'ailleurs s'en rendre compte d'aucune façon, aussi la jeune elfe prenait garde à conserver un visage parfaitement neutre, mis à part son sourire poli. Peut-être avait-elle l'air trop neutre, mais qu'importe. L'homme en face d'elle devait bien avoir remarqué qu'elle n'était pas à son aise dès le début, aussi pourrait-il mettre son attitude sur le même compte.

Maintenant qu'elle avait apporté sa pierre à l'édifice de la curiosité de son interlocuteur, Aryana attendait patiemment qu'il réagisse. Au fond d'elle, elle était tendue, puisqu'elle imaginait bien que Franz ne serait guère satisfait de sa réponse, étant donné qu'elle lui avait raconté des choses qu'il, pour la plupart, savait déjà. Aussi elle se préparait à essuyer une riposte imminente, froide et calculatrice comme tous les agissements de cet homme.

Tout ce qu'elle espérait, c'est qu'elle n'aurait pas à en venir aux mains.

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Franz Brinkmann

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Jeu 4 Avr - 15:02

Un sourire aimable vint fissurer l’impassibilité d’Aryana. Sourire qui se cantonnait aux limites de sa bouche et était bien loin d’atteindre son regard. Franz s’en sentit irrité. Il n’était pas parvenu à la mettre en confiance. Elle était plus coriace que ce qu’il avait pensé. C’était problématique.

Quel talent d'observation, dit-elle un instant plus tard.

Franz sourit mais cela lui fut presque douloureux tant il eut l’impression qu’elle se fichait de lui. Il était convaincu que la froideur de son regard le narguait du fond de ses orbites.

Effectivement, continua Aryana, le livre que j'ai acheté à été brillamment illustré par Mad, et je dois avouer que je suis étonnée que vous le connaissiez, rares sont ceux qui peuvent profiter de la vue de ses œuvres.

L’irritation de Franz s’atténua. Peut-être Aryana n’avait-elle qu’une physionomie peu chaleureuse, sans arrière-pensées. Il pinça légèrement ses lèvres, dans l’attente qu’elle poursuive, mais elle attrapa sa tasse de chocolat et en but une gorgée. Il prit son mal en patience. C’était de toute façon une chose dont il avait la malheureuse habitude et qu’il savait pouvoir porter ses fruits. De plus, ce n’était pas comme s’il pouvait l’obliger à lui répondre immédiatement…

Tandis qu’il attendait, Aryana relâcha son chocolat avec grâce et il songea à l’étrange pensée qui l’avait pris un peu plus tôt quand ils s’étaient serrés la main et qu’il avait mentalement comparé sa gestuelle à celle composant les œuvres de Mad. Cependant qu’auparavant il avait rapidement rejeté cette idée, alors absurde à son esprit, à présent, il se prit à la considérer sous un angle nouveau. Mad était-il vraiment un artiste du passé, au final ? Parce que, même si Franz était sûr qu’Aryana ne pouvait pas avoir la féérie propre aux sujets de Mad, il était possible qu’elle lui ait en quelque sorte servi… d’inspiration.

Il sentit l’excitation se dissiper dans ses veines. Un sourire étira ses lèvres. Ce fut le moment que choisit Aryana pour relever les yeux sur lui, serviette écartant la mousse de sa bouche avec fermeté. Elle lui renvoya un sourire, aussi exquisément polie qu’auparavant, avant de reprendre la parole. Franz n’eut aucun effort à faire pour s’intéresser à ce qu’elle disait. Il était désormais déterminé à traquer le détail qui trahirait la véracité de sa théorie.

En réalité, je n'avais pas commandé cet ouvrage pour les illustrations, expliqua-t-elle, j'ai eu la très agréable surprise de les trouver dedans lorsque je l'ai feuilleté pour la première fois. Mais je connaissais déjà cet artiste (Franz se redressa imperceptiblement sur son fauteuil), pour avoir admiré certaines de ses gravures dans un musée, lors d'une exposition sur les mythes et légendes. (Il se relâcha, vaguement déçu) C'était il y a un an ou deux si je me souviens bien.

Profitant qu’Aryana bougeait sur son séant, Franz leva les yeux au ciel. Armé de son intuition, il sentait qu’elle ne lui disait pas exactement la vérité et savait qu’il aurait pourtant très bien pu la croire en d’autres circonstances. Si elle n’avait pas été si gracieuse, par exemple. Il serra les mâchoires. Le début d’obsession qu’il ressentait pour Mad et son œuvre pourrait finir par rivaliser avec celle qu’il avait pour Alice si elle continuait à monter ainsi.

Le regard d’Aryana revint dans le sien et elle sourit. Encore. Franz se demanda si, plus que ses yeux, ce n’était finalement pas la politesse de son sourire qui le narguait.

Pour ce qui est de son identité propre, je ne pourrais malheureusement pas vous en dire plus. (Franz se força à afficher un masque de sérénité alors même qu’il se sentait profondément contrarié) Même lors de l'exposition, les animateurs ont été incapables de le présenter correctement. A croire qu'il aime cultiver le mystère autour de sa personne.

Aryana haussa légèrement les épaules, Franz serra les poings et la main de la première récupéra sa tasse dans un geste identique à celui qui avait interpellé le second. Les poings de celui-ci se relâchèrent. Il devait avoir raison.

Puis-je savoir quel est le thème de la gravure de votre compagne ? demanda Aryana tandis qu’il détachait son regard de son poignet.

Il releva les yeux vers dans les siens, son air serein laissant un doux sourire aux commissures pourtant cruelles apparaître, et l’observa finir de boire son chocolat. Il préférait attendre qu’elle l’ait fait pour répondre, surtout que ça lui permettait de prendre le temps de formuler son mensonge.

▬ Je crois que c’est une sorte de sabbat, répondit-il à peine eut-elle reposé la tasse sur sa coupelle. Un sabbat de printemps au vu des détails naturels et des tenues des sujets ; lesquels sont tous, ou presque, des femmes : un homme est mêlé à leur ronde et c’est à peine si on le remarque tant son visage est androgyne. C’est Eva, ma compagne ajouta-t-il aussitôt, qui me l’a fait remarquer. Sans elle, je serais sûrement passé à côté de cette subtilité. Cette gravure vous dit-elle quelque chose ?

Il lui sourit de la même façon qu’il l’avait fait avant de répondre et inclina légèrement la tête sur le côté dans un signe d’attentive interrogation. Près de lui son chocolat se refroidissait considérablement, veillé par la mystérieuse proximité d’Alice, et c’est à peine si cela l’intéressait.

Désormais, il était en chasse. Chose qu’il n’avait pourtant pas prévue de mener ce soir-là, en invitant Aryana à prendre un chocolat. Du moins qu’il n’avait pas prévu à ce niveau étant donné qu’il avait initialement projeté de simplement recueillir auprès d’elle les informations qui lui manquaient.

Rapidement, son regard tomba sur sa tasse vide et, sans demander son avis à la jeune femme, il fit signe à un serveur pour qu’il lui en apporte un nouveau.

Il aurait été dommage qu’elle se sente obligée de partir par manque de boisson…

Cela fait, il se remit à l’observer, son sourire aux intonations doucement cruelles étirant toujours ses lèvres.

Même si Aryana n’était pas la souris qu’il avait pensé piéger, il ne la considérait pas inatteignable.

De plus, il lui restait toujours la possibilité d’abandonner le pacifisme au profit d’une technique plus… offensive et, cela, même s’ils étaient dans un espace public.

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Rune Draconis

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Mar 3 Sep - 21:03

Aryana trouvait le temps long. Ce n'est pas vraiment qu'elle s'ennuyait - elle aurait pu, si cet homme ne suscitait pas autant de méfiance - mais qu'elle trouvait ce petit entretien fort déplaisant. D'autant plus qu'elle avait bien l'impression qu'il ne prendrait pas fin avant un moment. Et cela, parce que l'homme en face d'elle ne l'aurait pas décidé. C'était d'ailleurs une sensation particulièrement désagréable, de savoir que c'était lui qui tenait les rênes de leur petit meeting. Certains humains étaient plus démoniaques que la moyenne, et celui-là était particulièrement impressionnant. Pourtant, plus le temps s'écoulait, plus la jeune elfe sentait se former une carapace autour d'elle, une assurance qui lui permettait de se montrer plus forte et déterminée face à cet homme un peu trop curieux et dérangeant.

Avec son expression idiote de jeune fille polie, Aryana continuait à l'observer, sagement assise sur son fauteuil. C'était effrayant de parvenir à lire les émotions ténues qui apparaissaient de temps à autre sur le visage de Franz ; lorsque ses vrais sentiments venaient au jour, elle pouvait constater à quel point elle usait sa patience, malgré le sang-froid et la politesse qu'il affichait. Et elle n'aimait pas ce sourire aux allures de carnassier qui venait de se figer sur ses lèvres. Comme s'il venait de réaliser quelque chose qui jouait en sa faveur. Immédiatement, la jeune elfe sentit un frisson glacé parcourir son dos, seulement trahi par le clignement de ses yeux. Et si... Il ne pourrait pas... ? Pourvu que non. C'était impossible. Mais méfiance, elle pouvait s'attendre au pire de la part de cet homme à présent.

▬ Je crois que c’est une sorte de sabbat. Un sabbat de printemps au vu des détails naturels et des tenues des sujets ; lesquels sont tous, ou presque, des femmes : un homme est mêlé à leur ronde et c’est à peine si on le remarque tant son visage est androgyne. C’est Eva, ma compagne qui me l’a fait remarquer. Sans elle, je serais sûrement passé à côté de cette subtilité. Cette gravure vous dit-elle quelque chose ?

Elle doutait que Mad ait jamais dessiné une telle scène, mais peut-être qu'elle ne connaissait pas tout son répertoire artistique. Néanmoins, il était aussi fort probable que Franz use du mensonge ; quel talent d'acteur dans ce cas. Quoi que son sourire pouvait la mettre sur la piste, vu de l'extérieur il ressemblait à un sourire poli, alors qu'elle n'y voyait plus que de la sournoiserie.

Cet homme était effectivement un sournois, et avant qu'elle ait eut le temps de - poliment - refuser un deuxième chocolat, le serveur revenait déjà vers eux, appelé par Franz. Espèce de stupide et pathétique humain. Une fois de plus, il menait le jeu, et la situation tournait à son avantage. Aryana lui servit un sourire embarrassé quoi que toujours poli, et remercia d'un petit signe de tête. Intérieurement, elle fulminait contre cet homme qui la tenait enchaînée ici. Remarque, si elle le voulait vraiment, elle pouvait toujours s'échapper, prétexter une urgence, mais elle sentait qu'en faisant ça, l'étau se resserrerait plus que jamais sur elle. Non, pas question de se laisser écraser, puisqu'il voulait jouer, elle jouerait au même jeu, et ne faiblirait pas, peu importe jusqu'où ça la menait.

Quitte à avoir une indigestion parce qu'elle aurait avalé trop de chocolats chauds.

Le combat était donc lancé, et ils en étaient tous les deux conscients. Peut-être qu'il la voyait comme une dinde écervelée et inutile, mais il devait y avoir autre chose. Il avait trouvé autre chose, et pourrait l'utiliser contre elle. De son côté, Aryana n'avait rien contre lui, mais elle saurait se montrer inébranlable. Qu'il lance l'assaut, l'affront, l'offensive, la citadelle resterait imprenable, et ses secrets avec elle.

▬ Je reconnais qu'elle ne m'évoque rien. Encore un sourire poli, mange-toi ça le fourbe. Mais je ne peux pas prétendre être une experte, en réalité mes connaissances au sujet de Mad tiennent plutôt du hasard.

Élargissant un court instant son sourire, plissant légèrement ses yeux bleus, la jeune elfe se saisit à nouveau de sa tasse. Le goût sucré du chocolat commençait à l'écoeurer, tout comme cet homme assis en face d'elle, mais elle ferait avec. Le plus important était de ne rien laisser paraître. Elle le fixa de nouveau, avec un intérêt feint. Joue l'idiote jusqu'au bout, il va finir par craquer. A ce moment-là, les dieux seuls savent ce qui va se passer.

▬ C'est plutôt amusant, je n'avais encore jamais survolé de gravure de Mad évoquant un sabbat. Je m'extasie toujours devant la diversité de ses oeuvres ! C'est un artiste formidable.

Alors, Franz, sens-tu comme cette discussion ne mène à rien ? Des salades comme ça, elle pouvait en sortir autant que faire se peut, alors il avait intérêt à se montrer un peu plus patient. Remarque, à quoi bon être patient ? C'est tout ce qu'il récolterait en essayant de la forcer à en cracher un peu plus. Rien qu'à cette idée, elle supportait mieux celle d'être manipulée par un humain. Mais peut-être qu'elle jubilerait encore plus une fois qu'il serait hors de lui. Méfiance, il était imprévisible, et peut-être - sûrement, en fait - qu'il avait encore des tours dans son sac.

Un petit coup d'oeil dans les environs, l'air de rien, l'informa que le salon commençait tout doucement à se vider. Cela pouvait jouer autant en sa faveur qu'en sa défaveur. Théorie numéro une : elle pouvait voir que les clients partaient, feindre la surprise quant à l'heure qui tournait si vite, puis en profiter pour filer en faisant fi des protestations de l'humain. Théorie numéro deux : moins de clients, moins de témoins s'il en venait à lui sauter dessus. Mais sur ce point, elle se faisait moins de soucis. Ce n'est pas en combat rapproché avec un humain, aussi déterminé soit celui-ci, qu'elle irait perdre. Mais il faudrait néanmoins se montrer prudente.

Finalement, s'il persistait à vouloir connaître la vérité, et surtout s'il en découvrait trop, ce serait peut-être à elle de s'arranger pour qu'il se taise. Mais elle ne souhaitait quand même pas en arriver jusque-là.

Du moins pour le moment.

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Franz Brinkmann

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MessageSujet: Re: Erreur de transaction. [Rune&Franz]   Mar 26 Aoû - 18:09

La conviction qu’il pouvait arriver à quelque chose avec Aryana se renforça, lorsqu’elle le remercia pour le second chocolat, avec un embarras flagrant. Franz ne doutait pas que si elle avait pu, elle aurait décliné son offre pour pouvoir partir au plus vite. Pourtant, elle n’était techniquement pas obligée de rester. Elle pouvait très bien décider de le laisser là. Certes, lui-même ne l’aurait pas laissée partir tranquillement mais… Elle n’était pas attachée à son fauteuil. Pour autant, Franz n’allait pas se plaindre de ne pas avoir à quitter l’environnement plaisant du café.

Je reconnais qu'elle ne m'évoque rien, reprit Aryana en souriant poliment. Mais je ne peux pas prétendre être une experte, en réalité mes connaissances au sujet de Mad tiennent plutôt du hasard.

Un sourire superficiel apparut sur le visage de Franz, tandis qu’Aryana recommençait à boire. Une pensée dérangeante venait de traverser l’esprit de l’Allemand : Aryana n’était-elle pas en train de feindre l’ignorance ? N’essayait-elle pas de le tromper pour ne pas avoir à répondre à ses questions ? Ses doutes s’apaisèrent quand son regard, juvénile à souhait, se posa de nouveau sur lui. Il lui semblait moins sur la défensive. Aryana n’avait sûrement pas confiance en lui mais elle n’était plus dans l’expectative. Peut-être avait-elle bien servi de modèle à Mad, mais sûrement était-ce de façon inconsciente… Un membre de son entourage, proche ou lointain, qui la croquait sans qu’elle soit au courant… Cette théorie plaisait à Franz.

C'est plutôt amusant, ajouta la jeune femme, je n'avais encore jamais survolé de gravure de Mad évoquant un sabbat. Je m'extasie toujours devant la diversité de ses oeuvres ! C'est un artiste formidable.

Franz acquiesça machinalement, un sourire aux lèvres. Malgré son comportement un peu étrange, malgré son mensonge, Aryana ne lui cachait rien d’important. C’était une jeune femme un peu à part mais qu’il soit damné, si elle détenait le moindre secret ! Du moins, le moindre secret à impact mondial. Tout le monde avait un jardin secret et nul doute qu’Aryana avait le sien… Mais il n’y avait rien dedans qui puisse intéresser Franz. Pour autant, celui-ci choisit de ne pas abandonner la partie tout de suite. Bien qu’elle ne semble rien savoir d’intéressant consciemment, il était toujours possible qu’elle lui livre des informations, sans le vouloir. Sa remarque au sujet du sabbat en était l’exemple même.

Ah ? relança-t-il ainsi. A quel genre de scènes Mad vous-a-t-il habituée? Une galerie de portraits, peut-être ? suggéra-t-il, en repensant au livre sur la mythologie qu’elle avait récemment acquis.

Il lui semblait pertinent de ne pas bluffer plus qu’il ne l’avait déjà fait. Trop de mensonges se détectaient rapidement et il ne voulait surtout pas braquer (de nouveau) Aryana. Leur communication commençait tout juste à s’améliorer. Il aurait été dommage que son caractère misanthrope, voire antisocial, fasse tout voler en éclats.

Quoiqu’il ait pensé, précédemment, il devait continuer à s’adapter aux réactions de la jeune femme.

Qui plus est, maintenant qu’il avait la conviction qu’Aryana ne savait rien, il se sentait beaucoup moins tendu. Il avait même trouvé une explication au fait qu’elle lui ait menti : elle n’était plus certaine de la façon dont son chemin avait croisé celui de Mad et avait préféré arranger une réponse pour éviter de passer pour une gourde. C’était une réaction très commune et compréhensible ; même si Franz aurait aimé la rassurer en lui disant qu’il n’avait pas eu besoin de cela pour la trouver gourde.

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